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4. Le Groupe SOS : une solution potentielle

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Mathieu Taugourdeau
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L'exemple de JCLT

Voici trois exemples de reprises d'associations par le Groupe SOS.
- JCLT : protection de l'enfance, 600 salariés, reprise en 2003 ;
- Crescendo : petite enfance (crèches), 100 salariés, reprise en 2004 ;
- Auxilia : conseil et expertise en développement durable, 8 salariés, reprise en 2005.

Vous trouverez les interviews de trois acteurs de ces associations, ils ont chacun vécu la reprise de l'association dans son intégralité, avant, pendant et après. Chacun d'entre eux se situait à un poste d'observation différent.

Retour sur ces évènements.

JCLT

JCLT est une association créée en 1960, qui intervient dans le champ de la protection de l'enfance et de l'insertion sociale et professionnelle. Elle compte 30 établissements et services répartis dans 10 départements, pour un budget annuel global de 30 millions d'euros. Depuis le 6 octobre 2003, l'association est reconnue de bienfaisance par arrêté préfectoral et est devenue membre consultatif du Conseil économique et social de l'ONU.

L’expérience de la reprise de l’association JCLT par le Groupe SOS est au regard des possibilités énoncées ci-dessus un "cas d’école", dans lequel la rapidité du diagnostic des mandataires et la réactivité des décisionnaires ont permis in extremis le sauvetage de la structure et facilité son intégration au sein du Groupe SOS.

Le 28 mai 2002, la première alerte est lancée par l’intermédiaire du commissaire aux comptes de l’association qui informe le président de JCLT de faits « de nature à compromettre la continuité de l’exploitation » et la mise en place de la procédure d’alerte.

Un mandataire est désigné quelques mois plus tard le 30 octobre 2002 par le Tribunal de Grande Instance de Paris afin de statuer sur le bilan économique de l’association.

C’est à cette même période que JCLT fait la rencontre, par un heureux hasard, du Groupe SOS. En quelques mois, en lien avec les dirigeants de JCLT, le Groupe SOS met sur pied un plan de redressement viable pour l'association, à proposer au TGI.

2 mois plus tard le conseil d’Administration de JCLT décide de proposer à l’Assemblée Générale une modification statutaire afin de rejoindre le Groupe SOS, laquelle fut validée définitivement le 16 janvier 2003.

Moins de 8 mois auront donc suffi entre le premier diagnostic de crise et la décision finale de rejoindre le Groupe SOS. Une efficacité qui aura permis d’éviter un redressement judiciaire puisque le 12 juin 2003, le Tribunal déclare que « les solutions de pérennisation de JCLT proposées par le Groupe SOS permettent d’écarter toute procédure de redressement ou liquidation judiciaire, et qu’en conséquence le mandat du mandataire judiciaire doit prendre fin ».

Retour sur ces événements avec Paul-Henri d'Ersu, acteur de JCLT depuis les débuts de l'association, devenu président en 2002 et toujours président à ce jour.


Paul-Henri d'Ersu

Paul-Henri d'Ersu

Entretien avec Paul-Henri d'Ersu

Quelle était votre fonction au sein de JCLT ?

J’en étais le président depuis 2002.

Depuis combien de temps étiez-vous dans cette association ?

Depuis 1962. Je terminais mes études d’ingénieur, et pour gagner quelques sous je donnais des cours du soir aux jeunes d'un foyer de JCLT. Robert Levillain, le fondateur de JCLT me proposa de créer les premiers ateliers de Formation professionnelle. L’action éducative de JCLT auprès des jeunes s’appuyait tout d’abord sur le sport et l’apprentissage d’un métier, c’est ainsi que furent ouverts non sans difficultés techniques et financières des stages de formations dont les durées et programmes furent aménagés avec l’accord de l’AFPA et validés par le Ministère du Travail. Cette époque fut dure mais exaltante. En 1966 je quittais JCLT pour travailler au Ministère de la Coopération puis à l’AFPA. Je n’ai retrouvé JCLT et son conseil d’administration (CA) qu’après avoir été relancé par Robert Levillain dans les années 1973/1974.

Quelle était la situation de JCLT avant la prise de contact avec le Groupe SOS et quelles solutions aviez-vous envisagées ?

La situation de l’association était devenue dans le temps assez catastrophique sans que le CA n’en mesure vraiment l’ampleur. Son management était complètement inadapté compte tenu du fort développement de ses activités. Il y avait un manque patent d’instruments et de procédures, tant dans la gestion des ressources humaines que dans le contrôle financier. Quelques temps après le changement de président, le directeur général et le directeur administratif et financier ont quitté la structure. Il a fallu reconstituer une nouvelle équipe de direction qui s’est mise au travail pour mettre sur pieds un certain nombre de réformes. Mais la situation financière nous a rattrapés.

Au-delà des difficultés générales, un établissement situé en Lozère posait particulièrement problème. Il y avait de graves dysfonctionnements. Nous avons dû fermer cet établissement après avoir proposé plusieurs projets éducatifs. Mais les salariés ne voulaient accueillir que des jeunes ayant les mêmes profils depuis 20 ans. La fermeture de cette structure en accord avec les services du département et la Préfecture s’est faite au prix d’un lourd conflit avec le personnel. Pour protéger l’ensemble de l’association et pour se donner le temps de trouver une solution de sauvetage, il a fallu mettre en place une procédure d’alerte.
JCLT, après s’être bien développée, avait vieilli sur place. Il n’y avait pas eu assez de renouvellement de personnels et de cadres apportant du sang neuf, de la jeunesse, de la motivation et des compétences nouvelles. Notre CA, ancien, dévoué et fidèle à l’association était soudé par l’affectif. Du coup, il avait du mal à prendre à temps les mesures nécessaires, douloureuses mais d'intérêt général.
Les solutions pour maintenir JCLT n'étaient pas nombreuses, d’autant que le déficit était important et le CA très divisé. Nous risquions soit le démantèlement de l’association par département avec probablement des fermetures de services et reprises possibles des internats, soit la fermeture pure et simple de l’association avec toutes ses conséquences. La première disposition prise avec le mandataire était de réunir les représentants des départements concernés afin de faire un point avec eux en "mettant à plat" les déficits et les prix de journées pour être en mesure de prendre la décision. C’est à ce moment que le Groupe SOS est apparu.

Comment s'est faite la mise en relation avec le Groupe ?

C’est Michel Cronier trésorier de JCLT qui a rencontré par hasard le délégué général du Groupe SOS. Les négociations avec le Groupe SOS se sont faites dans un premier temps indépendamment du mandataire. Ce fut donc un peu délicat de lui dire que JCLT avait finalement trouvé elle-même une solution. Mais les choses se sont heureusement bien passées.

Quelles étaient les réflexions au sein de JCLT, les arguments en faveur d'une reprise et les arguments contre ? Quels étaient les espoirs et les craintes, liées à la reprise ?

Le Groupe SOS, par ses statuts et par son mode de fonctionnement, trouble les associations "traditionnelles". Une charte qui unit les associations. Un GIE, qui regroupe tous les services de contrôle et d’appui. Des adhérents personnes morales… C'est assez atypique dans le secteur.
Par ailleurs, les administrateurs étaient perturbés par le fait que l'éducatif, activité de JCLT, n'avait pas de lien avec le médico-social, activité du Groupe SOS. J'ai entendu parfois des discours, de type ": C'est une OPA. JCLT n'existera plus." J'étais au départ un des seuls administrateurs à être clairement favorable au Groupe, avec le trésorier et le directeur général.

Les arguments en faveur de la reprise par le Groupe SOS se situaient principalement à deux niveaux :
- Les adolescents pris en charge par l'association ne devaient pas faire les frais de cette situation.
- La préservation des emplois des salariés. En effet, en cas de liquidation, une partie du personnel non éducatif auraient eu beaucoup de mal à retrouver localement du travail.

Dernier point, plus personnel, je trouvais au sein du Groupe ce que je cherchais : une assise plus large et des facilités de coopération inter-associatives qui sont souvent difficiles à créer dans ce milieu qui en a pourtant bien besoin.

Que pensiez vous de l'intérêt du Groupe SOS à votre égard ?

Le Groupe SOS avait une assise financière que JCLT n’avait plus. Il redonnait confiance à nos banques. En ce qui me concerne, le Groupe SOS a été très fair-play comme à l’égard de Michel Cronier. C’était une grande marque de confiance et aussi un signe fort pour marquer la continuité de l’association JCLT et le personnel y a été sensible.

Comment se sont passés les AG et/ou CA de reprise ?

Le trésorier et moi étions très favorables à la reprise par le Groupe SOS. C'était pour nous la seule solution qui sauvait l’intégrité de l’association. Nous ne voulions pas aller à la liquidation avec tous les problèmes humains, que cela aurait impliqué. Nous voulions à tout prix éviter de faire subir aux jeunes confiés d’être encore éparpillés dans d’autres associations. Nous pensions également aux salariés de JCLT. Nous avons défendu notre point de vue, les autres administrateurs nous ont finalement suivis et les adhérents ont suivi le conseil d'administration.

Comment ont réagi les salariés ?

Les négociations avec le Groupe SOS ont été très rapides, tout en respectant les procédures d'information des salariés et les délais prévus au Code du Travail. Comme toujours il y a eu quelques fuites. Les salariés ont appris notre choix peu de temps avant qu'il ne soit officialisé.
Les avis quant à la reprise par le Groupe SOS étaient assez mitigés : d'un côté les salariés étaient soulagés d'apprendre la continuité de l'association, mais de l'autre ils se posaient des questions sur le Groupe et notamment sur le fait qu'il n'était pas sur les mêmes métiers. Le plus important a été convaincre le TGI du bien-fondé de ce rapprochement avec le Groupe SOS.

Comment s'est passée la reprise par le Groupe SOS ?

Globalement elle s'est bien passée.
Il y a eu quelques changements radicaux. Par exemple, dès l'intégration au Groupe SOS, nous avons eu des manuels de procédure. Les plus anciens se sont un peu braqués. Ils se comportaient un peu comme des barons, qui devaient maintenant rendre des comptes après 25 ans de maison …
Il a fallu également expliquer la nouvelle donne aux financeurs, principalement les Conseils Généraux. Une fois encore, ceux-ci étaient un peu surpris par ce rapprochement, mais la transition s'est bien passée. A noter que deux départements, moins impliqués que d’autres, nous ont félicités de n’être pas venu leur «tirer » la manche et de nous en être sortis avec le Groupe SOS !

Avez-vous été informé des activités du Groupe ?

La direction de l'organisation et des partenariats du Groupe SOS est allée dans l'ensemble des établissements à la rencontre des équipes. Cela a beaucoup rassuré les salariés. Le délégué général s’est également rendu dans les structures et ses interventions passaient très bien auprès des cadres et des personnels éducatifs.

Comment se sont passées les relations avec le GIE, trouvez-vous cet outil utile ?

L'arrivée du GIE a été un peu brutale pour les personnels d’encadrement et administratif, mais il fallait faire vite pour mettre de l’ordre et redresser les finances.
Les salariés ont vite vu qu'au niveau éducatif, ils faisaient toujours le même travail et qu'ils avaient conservé leur autonomie. La gestion est devenue beaucoup plus rigoureuse. Les cadres dirigeants ont été plus responsabilisés et appelés à rendre des comptes.
Concrètement, JCLT a trouvé au travers du GIE une équipe de professionnels qui nous faisait cruellement défaut.

Que sont devenus les anciens administrateurs de JCLT ?

Un grand nombre d’entre eux n'a plus donné de signe de vie et a disparu. Un petit noyau s’intéresse toujours à JCLT et demande des nouvelles que je leur donne bien volontiers.

Y a-t-il des complémentarités entre les activités de JCLT et du Groupe, des projets ont-ils émergés ?

Oui, des salariés de JCLT sont allés vers d'autres associations du Groupe et inversement.
La mobilité interne est une vraie plus value. Les personnes se remettent en question, elles travaillent sur de nouveaux projets. Le meilleur exemple est celui du directeur général de JCLT.
Il y a par ailleurs eu des exemples intéressants de travaux communs, JCLT et Auxilia ont travaillé ensemble sur un projet de sensibilisation au développement durable. J’ai été accuelli l’autre jour par un jeune de JCLT qui faisait son stage d’école à la boutique Alter Mundi. L’Usine et le centre de formation professionnelle de Nivillers coopèrent dans la restauration (ndr Alter Mundi et l'Usine sont des entreprises d'insertion du Groupe SOS). Le Collège Coopératif de Paris est également un avantage certain en terme de formation du personnel. Les activités de JCLT et de SOS Insertion et Alternatives sont proches.

Quatre ans après cette reprise, quel bilan tirez vous ?

- Pour JCLT ?

Le bilan est très positif, c’est un succès. Tout d'abord, JCLT n'a pas disparu comme cela aurait dû se passer si nous n'avions pas rencontré le Groupe SOS. L'association s'est même développée. Par ailleurs, cette reprise a permis d'apporter du sang neuf, une autre façon de travailler.

- Pour le Groupe ?

L'arrivée de JCLT a demandé un énorme effort au Groupe SOS, surtout au GIE qui a dû retravailler ses procédures. Cette intégration a permis d'élargir son champ d'intervention. Par ailleurs, JCLT avait une très bonne réputation au niveau éducatif qui a pu se maintenir.

Les craintes et les espoirs cités plus haut ont-ils été avérés ?

Le côté gestionnaire n'a pas bloqué l'éducatif, bien au contraire, cela a permis d'améliorer les choses.
Le Groupe SOS est toujours atypique dans ce monde associatif. Le secteur de la protection de l'enfance reste toujours un peu interrogatif devant cette organisation originale, tout en reconnaissant son efficacité et sa rigueur. Les résultats sont là. La confiance des services des départements en nous demandant d’ouvrir de nouveaux services à Paris, dans l’Oise, en Seine et Marne, dans le Loiret et en Guyane en sont les meilleures preuves. Le Groupe SOS est reconnu et JCLT a les capacités et le savoir faire pour remplir ces nouvelles missions.

JCLT a-t-elle perdu son identité ?

JCLT n’a pas perdu son identité en s’intégrant au Groupe SOS. En même temps, l'appartenance au Groupe est acquise, comme j’ai pu le ressentir d’une année sur l’autre lors des assemblées qui regroupent les personnels du Groupe SOS. C’est très réconfortant.

Quelle autonomie pour JCLT et pour ses établissements ?

L’autonomie éducative est totale dans le respect de la charte et des règles du manuel de procédures.

A titre personnel, quel poste occupez-vous actuellement ?

Je suis administrateur de l’association SOS Habitat et Soins, une des trois associations fondatrices du Groupe SOS, et toujours président de JCLT.

Et après, comment voyez vous l'avenir de JCLT ?

JCLT doit continuer à se développer en reprenant d’autres associations, en gagnant des appels à projets lancés par les départements ou le Ministère de la Justice, en faisant des propositions éducatives innovantes comme elle l’a déjà fait. Il ne suffit pas de bien gérer administrativement et pédagogiquement des établissements et services, il faut rester en éveil et à l’écoute des publics jeunes et adultes qui rencontrent des difficultés et qui sont en souffrance. Ceux-ci ont besoin d’une aide beaucoup plus personnalisée. Il ne faut pas hésiter à dénoncer et interpeller les politiques. Il faut intégrer d’avantage dans notre démarche éducative la citoyenneté, le respect de l’environnement, le Tiers Monde.

Que souhaiteriez-vous dire à une association qui hésiterait à rejoindre le Groupe SOS ?

Pensez tout d’abord aux usagers dont vous avez la responsabilité, pensez aux salariés, pensez au service que l’association rend en tant que service public délégué. Ne pensez pas à vous, administrateurs, mais uniquement à l’avenir de l’association.
Le conseil d'administration constitué de bénévoles ne doit pas être égoïste, rester sur son quant-à-soi. Il ne doit pas avoir peur de prendre des décisions qui coûtent. Il ne faut pas attendre que la situation soit irrécupérable au niveau financier et social. L'affectif ne doit pas bloquer ses décisions et faire tout pour que l’activité se poursuivre avec certainement des réorganisations dans un contexte nouveau. Jouer carte sur table et en confiance avec les autorités de contrôle.

Un mot, une phrase ou une expression pour définir le Groupe SOS ?

La personne humaine avant toute chose.
C'est une association atypique qui est en avance sur son temps, notamment par rapport au monde associatif traditionnel. Par son engagement auprès de personnes qui à un moment donné de leur vie sont en très grande difficulté et en souffrance, en les accueillant comme ils sont, dans le respect de leur identité et pour les amener à retrouver leur autonomie de citoyen. Par son organisation et les valeurs défendues sur un modèle économique alternatif, le Groupe SOS a su attirer et motiver l’engagement de jeunes (hommes ou femmes) de plus en plus issus de grandes écoles ou d’études supérieures. Au départ ils ont cette aspiration de faire autre chose de leur vie professionnelle mais il est certain qu’ils s’y retrouvent et s’y investissent complètement, dans l’intérêt des personnes que les associations accueillent. Je suis très admiratif de cela. C’est très réconfortant et rassurant pour l’avenir, d’autant que ce dynamisme se répercute sur nos usagers...
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Un mot de conclusion ?

Le monde associatif en France est trop "clocher", trop cloisonné. Il n'est pas encore assez engagé dans l’économie sociale et solidaire. Il y a beaucoup de progrès à faire sur la mise en commun des compétences, des savoir-faire des expériences éducatives, dans l’intérêt des personnes accompagnées. Les associations doivent être davantage force de propositions vis-à-vis des Conseils Généraux. Il faut que des jeunes viennent s’investir dans les associations à vocation sociale et sanitaire. Il y a de l’emploi et de beaux métiers.

Groupe SOS, une autre façon d'entreprendre