Quel était votre poste au sein d'Auxilia ?
J'étais coordinateur des projets européens. Mon travail consistait à identifier ou à créer des projets européens de développement durable et à trouver des financements correspondants. Il s’agissait ensuite d’assurer leur gestion et leur suivi.
Depuis combien de temps étiez-vous dans cette association ?
J’avais été embauché en septembre 2004, Auxilia a intégré SOS en juillet 2005.
Quelle était la situation d'Auxilia avant la prise de contact avec le Groupe SOS ?
Comme beaucoup d'associations, nous avions des difficultés de trésorerie et sans subvention, la situation était tendue. Auxilia ne pouvait compter que sur ses propres projets : marchés publics et quelques financements européens. Ces derniers étaient irréguliers et soumis à des délais importants. Malgré les recettes de nos activités de conseil auprès des collectivités et des entreprises, ces quelques subventions de l’Europe ne pouvaient garantir notre développement à long terme. Il fallait en effet de l’argent pour poursuivre notre effort d’innovation et notamment notre investissement dans l'écologie industrielle, approche pionnière dans le champ du développement durable. Même si ces orientations porteraient leurs fruits à terme, nous avions besoin d’un soutien.
Ainsi, notre visibilité financière pour l'année 2005 et au-delà n’était pas parfaitement claire.
Notre avantage, c’était notre équipe : très motivée et soudée. Nous étions prêts à faire tout notre possible pour pérenniser la structure.
Quelles solutions aviez-vous envisagées ?
Nous avons sollicité quelques acteurs privés. En parallèle, l’équipe a redoublé son effort commercial sur les appels d'offres publics.
Comment s'est faite la mise en relation avec le Groupe ?
Il s'agissait finalement d'une coïncidence : une collaboratrice connaissait le Groupe SOS par un ami qui y travaillait. Nous avons ainsi identifié le Groupe SOS et compris qu'il pouvait constituer une solution pour des associations en difficulté financière.
A la base, nous n'étions pas partis sur le principe d'une reprise, nous n'avions même pas idée que cela existait.
Quelles étaient les réflexions au sein d'Auxilia, les espoirs et les craintes suscités par ce projet de reprise de l'association ? Qu'espériez vous gagner et/ou perdre ?
Nous avons tous cherché à en savoir plus sur le Groupe SOS. Ensuite, il y a eu des échanges au sein de l'équipe. Nous pouvions résumer notre position par : "intéressant, à creuser."
Le délégué général d'Auxilia a alors pris contact avec les responsables du Groupe SOS, simplement pour collecter des informations. On ne parlait pas encore de reprise à l'époque.
Nous nous sommes rapidement rendu compte que nous partagions de nombreuses valeurs et nous trouvions un rapprochement pertinent au vu des activités sociales du Groupe, avec la possibilité pour Auxilia d’apporter ses connaissances sur l’intégration des préoccupations environnementales.
Cependant, les métiers du Groupe SOS étaient tout de même "loin de nos bases", Auxilia n'avait rien de médico-social ! Nous ne voyions pas nécessairement ce que nous pouvions apporter au Groupe SOS. En revanche, pour nous les interventions sociales du Groupe étaient particulièrement intéressantes. C'était un point très positif, qui pouvait compléter et enrichir nos interventions auprès de nos clients.
L'indépendance est un élément très cher aux yeux des associations. Le Groupe SOS peut faire peur dans la mesure où c’est un groupe important avec ses 2 000 salariés, ses 140 établissements. Pour une association de moins de 10 salariés, c’est impressionnant.
On avait des appréhensions par rapport à nos activités, à nos conditions de travail, aux orientations futures de l’association.
Que pensiez vous de l'intérêt du Groupe SOS à votre égard ?
Au départ, il nous a semblé étonnant, mais en creusant, nous avons mieux compris l’intérêt de ce rapprochement.
Avez-vous tout de suite compris comment fonctionnait le Groupe SOS et notamment le GIE Alliance Gestion ?
Pour nous, tout était nouveau ! Nous avons au départ dû fournir plusieurs documents administratifs et financiers. Nous ne comprenions pas toujours et cela nous a pris pas mal de temps. Notre gestion a toujours été claire et ces efforts ont duré peu de temps, il a juste fallu organiser les choses un peu différemment et à terme nous savions que nous gagnerions en temps et en transparence.
Avez-vous été informé des activités du Groupe ?
Globalement oui, mais il y avait beaucoup de choses à assimiler. Bien que totalement transparent, le Groupe SOS est difficile à appréhender, notamment parce que son organisation est atypique.
Adhériez-vous aux valeurs portées par le Groupe ?
Bien évidemment ! C’est même un des premiers éléments moteurs de notre rapprochement. Nous devions absolument nous entendre idéologiquement avant d’envisager un travail « main dans la main ».
Comment se sont passées les relations avec le GIE, trouvez vous cet outil utile ?
Je dois dire que les premières interventions du GIE étaient un peu difficiles. Nous avons manqué de temps pour les explications. Tout était géré dans l’urgence au niveau de notre direction. Les salariés n’étaient finalement pas impliqués, ce qui est tout à fait normal. Néanmoins, nous avions pour habitude de beaucoup partager, c’est pourquoi, on a vécu cela de manière un peu négative. Au vu de nos difficultés économiques, nous craignions une "charrette". Les relations avec le GIE étaient donc au départ un peu anxiogènes.
Comment s'est déroulée l'intégration au Groupe SOS ?
Nous n'avions pas au départ l'impression d'être intégrés au Groupe. Le déclic s'est en fait produit lors de notre première journée du personnel. Nous avions l'impression d'être une toute petite structure (5 salariés) au milieu de plus de 800 personnes réunies juste pour la moitié Nord de la France. Cette journée a permis de nouer des relations avec un grand nombre de collègues du Groupe et d'échanger sur nos métiers respectifs. Le discours du délégué général du Groupe SOS a également été très fort pour nous. La plupart d’entre nous le voyait pour la première fois. Il a pris le temps d'expliquer à l'ensemble des collaborateurs du Groupe, ce qu'était Auxilia, l'estime qu'il avait pour nos travaux, et en quoi l'expertise d'Auxilia était un enjeu clé pour le Groupe SOS. Ce jour là, nous avons pris conscience d'être réellement et pleinement au cœur du Groupe SOS.
Y a-t-il des complémentarités entre les activités d'Auxilia et du Groupe SOS, des projets ont-ils émergé ?
Bien sûr ! Nous répondons régulièrement à des appels d'offre avec Alternacom (agence événementiel du Groupe SOS). Nous avons gagné un appel à projet d'un Conseil Général avec JCLT (association de protection de l'enfance du Groupe SOS) pour sensibiliser les enfants accueillis par un établissement de l'association aux enjeux du développement durable.
La carte de visite du Groupe SOS est une plus value très importante dans nos réponses à appels d'offres. Au-delà de la surface financière du Groupe qui rassure et consolide nos candidatures, Auxilia bénéficie de l'expertise du Groupe SOS sur un certain nombre d'enjeux sociaux et économiques. A titre d'exemple, nous avons remporté l'appel d'offres pour le diagnostic de l'Agenda 21 de la Ville de Paris, une des questions posées lors de la soutenance portait sur les capacités du prestataire à interroger les personnes habituellement exclues des processus de concertation (et quasi systématiquement exclues tout court). Nous avons pu alors mettre en avant notre capacité à mobiliser les 30 établissements du Groupe SOS à Paris, qui accueillent précisément des publics exclus (toxicomanes, SDF, etc.)
De même, nous avons remporté un appel d'offres dont l'objet était l'accompagnement d'un bailleur social dans sa démarche d'Agenda 21. Une fois encore, le fait que le Groupe SOS soit un acteur en matière de logement social (du logement très social pour être précis) et ses interventions auprès de publics exclus furent des arguments clés.
Par ailleurs, lorsqu’on nous le demande, nous pouvons être un relais de communication pour les entreprises d'insertion du Groupe SOS. Celles-ci sont exemplaires en terme de développement durable, tant sur des enjeux sociaux (salariés en insertion pour l'ensemble des entreprises), économiques (commerce équitable pour Alter Mundi, et la Compagnie du Commerce Equitable) qu'environnementaux (produits issus de l'agriculture biologique pour Té – Traiteur Ethique, coton biologique pour Article 23, véhicules hybrides pour AlterAuto, etc.). Très naturellement, nous recommandons ces entreprises à nos interlocuteurs quand ils sont prêts à concrétiser une politique d'achat responsable.
Il existe de nombreux exemples de complémentarités et de synergies.
A titre personnel, quel poste occupez vous actuellement ?
Je suis maintenant à mi-temps Chef de projet chez Auxilia et je consacre le reste du temps aux missions de Responsable du développement durable du Groupe SOS.
En êtes vous satisfait, cela correspond-il à votre projet professionnel ?
Tout à fait. C'était un objectif pour moi de participer à la durabilisation (j’aime beaucoup ce mot !!) du Groupe SOS, je suis très heureux qu’on m’ait fait confiance pour cette mission ambitieuse.
J'ai longtemps pensé que le Groupe SOS en tant qu'acteur de la lutte contre les exclusions devait mieux prendre en compte les aspects de développement durable. Le social est bien maîtrisé, mais les aspects environnementaux ont pu parfois être mis de côté. Or, ils sont souvent facteur d’exclusions. Je suis particulièrement honoré de devenir un acteur de cette stratégie de développement durable. A l'heure actuelle où le développement durable est fortement médiatisé, il est plus qu'intéressant de travailler pour un Groupe dont les valeurs sont déjà ancrées dans ses actions au regard des enjeux sociaux.
Comment s'est passé le changement de poste, comment les décisions ont-elles été prises ?
La réactivité du Groupe a été exemplaire, les décisions ont été prises et validées en deux jours.
Deux ans après cette reprise, quel bilan tirez vous ?
Essai transformé ou presque ! Nous avons largement accru notre taux de réussite de réponses aux appels d'offres. L’association était déficitaire, or nous avons réussi à équilibrer la structure en 2006, et nous espérons être excédentaire en 2007.
Grâce au GIE, la gestion courante est beaucoup plus rigoureuse et suivie, nous faisons des points comptables chaque trimestre. L'appartenance au Groupe est beaucoup plus sécurisante pour l’ensemble de notre équipe.
Nous avons également le sentiment d'être utile au Groupe SOS. Je vous citais précédemment l'exemple de JCLT, cela n'aurait jamais pu se faire sans Auxilia. Le Groupe s'approprie progressivement les principes du développement durable. Par exemple, la démarche qualité, initiée au sein de SOS, a été élargie pour intégrer concrètement de nouveaux objectifs de développement durable. Nous sommes également en train de réfléchir à la mise en place d'un Système de Management Environnemental.
Auxilia a-t-il perdu son identité ? Quelle autonomie pour Auxilia ?
Auxilia n'a pas perdu son identité, Auxilia a renouvelé son identité !
En ce qui concerne l'autonomie, nous sommes toujours responsable de notre développement.
Et après ?
Aujourd'hui, c'est un nouveau challenge, le Groupe SOS a une taille très importante, où la stratégie de développement durable demande beaucoup d'investissement, mais totalement en accord avec mes valeurs et mes projets associatifs et professionnels.
Que souhaiteriez-vous dire à une association qui hésiterait à rejoindre le Groupe SOS ?
Malgré la taille qui implique de légitimes appréhensions, l'intégration au sein du Groupe SOS apporte énormément de points positifs. Parmi eux, la mutualisation des moyens via le GIE est très efficace et permet la structuration de l'économie sociale et solidaire en regroupant les acteurs qui partagent des valeurs essentiels, et favorisent le développement durable de nos sociétés.
Un mot, une phrase ou une expression pour définir le Groupe SOS ?
Un beau projet auquel devrait ressembler la société d'aujourd'hui et de demain.