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La LDH, qui se bat aussi pour le respects des droits de l’Homme dans l’organisation économique, accorde une grande attention à l’Economie sociale, car elle constitue une alternative à des formes aliénantes de l’organisation du travail. » C’est par ces mots que Jean-Pierre Dubois, professeur de droit constitutionnel à l’Université Paris-XI à Sceaux (Hauts-de-Seine) et président de la LDH depuis 2005, a justifié sa présence lors du rendez-vous mensuel des acteurs de l’Economie sociale et solidaire. Une mise
L’exigence républicaine
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Je tiens à préciser que dans Ligue des droits de l’Homme, le mot Homme prend une majuscule, a précisé d’emblée le président de la LDH. Nous tenons en effet à son universalité : il désigne tous les individus de l’espèce humaine ». Ainsi, en 1898, quand la LDH se crée à l’occasion de l’affaire Dreyfus, c’est certes pour défendre un innocent victime de l’antisémitisme et de la raison d’Etat, mais aussi pour s’imposer comme défenseur de tout citoyen victime d’une injustice ou d’une atteinte à ses droits.
Tout au long de son histoire, la LDH est partie prenante de nombreux combats pour l’égalité et la démocratie, dans la lignée des Lumières et de la Révolution : en 1905, elle se positionne en faveur de la laïcité et de l’égalité des cultes ; entre 1900 et 1920, elle intègre à ses missions la défenses des droits sociaux et des droits des travailleurs ; pendant la Seconde Guerre mondiale, un tiers des membres du comité central de la LDH sont tués dans les combats de la Résistance. Après la guerre, la LDH, amputée de nombre des ses dirigeants, est une institution vieillissante. Elle s’engage entre autres dans le combat pour la décolonisation, qui lui amène de nouveaux militants. Dans les années 70, la LDH prend position notamment pour la liberté de la contraception et de l’avortement et l’abolition de la peine de mort. Depuis les années 80-90, elle est engagée dans le lourd combat pour la défense des droits des étrangers et des sans-papiers, et plus généralement contre les exclusions, la précarité, les discriminations et pour l’accès aux soins et au logement. Elle cherche aussi à se positionner face aux enjeux du nouveau contexte de mondialisation et reste attentive aux questions soulevées par les progrès de la science et les nouvelles techniques de communication. «
La LDH est la bonne mémoire et la mauvaise conscience de la République, résume Jean-Pierre Dubois. Elle œuvre pour que la République reste exigeante et fidèle à ses engagements ».
Faire vivre la Démocratie
Même si la LDH a été historiquement engagée dans des combats de gauche, elle est indépendante de tout parti politique. Ainsi, tout homme politique qui met en avant son appartenance à la LDH lors d’une campagne électorale est immédiatement exclu.
L’adhésion est ouverte à tous et requiert seulement d’accepter les buts et les moyens de l’association. Aujourd’hui, le mouvement a rajeuni est s’est féminisé. Son positionnement interroge les notions de démocratie et de citoyenneté : «
Etre citoyen dans une démocratie, ça n’est pas seulement manifester et voter tous les cinq ans, affirme Jean-Pierre Dubois,
ça n’est pas seulement une affaire politique. La citoyenneté est inséparable des droits sociaux fondamentaux (droit au travail, aux ressources, au logement). La Démocratie doit aussi être sociale, elle doit pouvoir s’épanouir dans tous les domaines de la vie, en particulier le travail ». C’est l’engagement citoyen qui permet de faire vivre la Démocratie. « Les citoyens doivent se saisir des questions politiques, poursuit le président de la LDH, sinon on se contente de payer les pots cassés ».
Droit et action politique
Suite à cet exposé du président de la LDH, l’une des premières questions posée par l’assistance a porté sur les actions concrètes de cette « grosse machine » présente dans 110 pays. Le champ d’intervention de la LDH est si large qu’on peut en effet se demander quels sont les moyens mis en oeuvre pour réussir à «
faire pression sur les forces politiques ». En tant que « défenseur », la LDH met avant tout en place des actions juridiques. Par l’intermédiaire de sa permanence juridique nationale ou de ses sections locales, elle assure un rôle d’information et peut interpeller les autorités publiques pour dénoncer des pratiques illégales ou portant atteinte aux droits des individus. Néanmoins, son rôle se limite à «
la défense de personnes victimes d'atteintes aux principes énoncés à l'article 1er de ses statuts. La LDH n'est pas recevable à représenter les intérêts des particuliers en justice » .
Pour son président cependant, le droit n’est pas la solution à tous les problèmes. «
Les interventions en justice sont juste une arme, ce sont des actions en aval. En amont, il y a l’action politique. La vraie défense des droits de l’Homme passe d’abord par des actions citoyennes ». Sur le terrain, des collectifs – ou groupes de travail – ouverts à tous sont créés pour travailler sur les différentes questions et dégager des alternatives aux politiques proposées. Actuellement par exemple, c’est la réforme du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et demandeurs d’asile (Ceseda) qui fait l’objet de toutes les attentions.
Démocratie, Citoyenneté, Droits de l’Homme sont de grands concepts dont on a souvent du mal à concevoir des applications concrètes, surtout à l’échelle mondiale. Vouloir « être présent partout où les droits sont menacés », est-ce une utopie ? Mais lorsqu’on regarde sans complaisance le monde qui est le nôtre, on se rend compte que l’ambition de la LDH est finalement très pragmatique : «
Nous nous battons par réalisme social », conclut Jean-Pierre Dubois.