Dépistage du VIH/sida : l'urgence au ralenti

septembre 2010

Les chiffres de l'étude de l'Institut national de Veille Sanitaire (InVS), publiés en novembre 2009 et parus dans The Lancet le 9 septembre dernier, ont rappelé que la population homosexuelle masculine était fortement touchée par l'épidémie de VIH avec une incidence (1) de 1% par an, soit 200 fois plus que dans le reste de la population.

De manière plus générale, chaque année en France, 6 000 à 8 000 nouveaux diagnostics de séropositivité au VIH sont établis. Un tiers d'entre eux ont lieu au stade sida ou à un niveau d'immunodéficience important alors qu'un dépistage précoce permettrait de prendre en charge plus tôt les patients et d'éviter ce passage rapide au stade maladie. Les études de l'InVS montrent également que sur environ 150 000 personnes porteuses du VIH en France, 50 000 ne connaissent pas leur séropositivité.

 

Un dépistage de masse, moins coûteux et plus largement utilisé par les médecins de terrain, serait une solution alternative supplémentaire à considérer. Sur un plan financier, le coût d'un test rapide est minimal par rapport aux tests classiques utilisés couramment en laboratoire (Elisa). Le bénéfice santé publique/coût pour l'assurance maladie semble être un élément qui n'a pas encore été pris en compte. La mise en place des tests de dépistage rapide à grande échelle pourrait être organisée sans difficulté, auprès des médecins de ville qui le souhaitent (par exemple dans les réseaux ville-hôpitaux), avec une formation très courte.

Ainsi, le Check Point Paris, géré par Le Kiosque Info Sida, association du Groupe SOS, est une structure associative médicalisée utilisant le test de dépistage rapide dans le cadre d'une recherche biomédicale. En moins de 9 mois (sur un dispositif ouvert à mi-temps) plus de 1500 tests ont été réalisés auprès de la population homosexuelle parisienne avec des consultations adaptées. Environ 30 personnes ont découvert leur séropositivité au Check Point et ont pu être prises en charge, dès confirmation des résultats, par les réseaux partenaires.

VIH

Depuis plusieurs années, des tests de dépistage rapide pour le VIH sont utilisés en Europe. Pourtant la France a préféré ralentir leur mise en place en la soumettant à des autorisations multiples. Le retard pris dans le dépistage des populations les plus touchées comme les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, nous paraît, comme à bon nombre de nos associations partenaires, coupable etinjustifié. Il ne faudrait pas perdre encore des mois, voire des années, en constatations et réunions d'études pour mettre en place à grande échelle l'utilisation de ces tests de dépistage rapide du VIH. L'arrêté du Ministère de la Santé de juin 2010 qui ouvrait l'utilisation de ces tests aux médecins de ville de manière très restrictive, est pour l'instant sans suite. Les tests rapides ne sont disponibles que dans les centres de dépistages anonymes et gratuits, les hôpitaux et certains laboratoires d'analyse médicale. Les caisses primaires d'Assurance Maladie ne sont même pas au courant d'une éventuelle mise en place.

C'est un véritable panel de solutions qui devrait exister aujourd'hui en France pour se satisfaire d'une véritable politique de santé publique. Nous appelons donc à une mise en œuvre rapide des systèmes de dépistage rapide partout où cela est possible. Le Check Point Paris fait la preuve, à son échelle et depuis plusieurs mois, de l'utilité de sa création obtenue de longue lutte.  Le temps joue contre la santé publique, il serait temps d'accélérer.

 

(1) Nombre de personnes nouvellement contaminées une année donnée, qu'elles aient été diagnostiquées ou non.

 

Sur ce sujet, écoutez l'interview de Sylvie Justin, déléguée général du pôle Sanitaire, social et médico-social, au micro du Mouv', le 13 septembre.

 

Contact presse
Marjolaine Bénard - 01 58 30 55 34 - marjolaine.benard@groupe-sos.org