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"Pionnières du changement : l'espoir au féminin" : compte-rendu écrit.

mars 2011

Dans le monde pugnace de l'entrepreunariat social innovant, la journée de la femme prend tout son sens. Pendant que certaines ont guetté mollement le bouquet de fleurs de circonstance, d'autres ont continué à retrousser leurs manches pour une noble cause : changer le monde. Ce sont à ces pionnières porteuses de nouveaux modèles de croissances stables, durables et responsables que le 33ème « Alter-Mardis : Parlons Solutions » a voulu rendre hommage en ce mardi 8 mars. Projeté en préambule de la conférence, le documentaire « L'espoir au féminin » a révélé trois portraits poignants de femmes engagées d'un bout à l'autre du globe; tandis que nos trois invitées ont offert leur vision de la place et du rôle des femmes dans l'action sociale en France. Il en va de la santé, de la sécurité et de l'indépendance de toutes les citoyennes du monde. « La femme est l'avenir de l'homme », comme l'a souligné l'écrivain visionnaire Louis Aragon. Ici, plus que jamais !

 

La rue, le tourisme sexuel, les violences conjugales... Autant de maux qui enchaînent les femmes, dans de nombreuses régions du monde, à un destin qui leur échappe, pour ne pas dire à une vie sans avenir. L'épisode 19 de la série documentaire « Artisans du Changement II » dresse un bilan alarmant, presque insoutenable, de la situation de ces mères, filles, enfants, jeunes et moins jeunes femmes. Elles survivent au Brésil, en Turquie et au Cambodge. Pourtant, d'autres femmes ont entendu leur détresse. Elles connaissent comme leur poche le terrain, les vices et les injustices de leurs pays et les conditions des femmes qui y vivent.

La psychologue Dilma Felizardo Ferreira travaille depuis 30 ans avec les enfants de la rue. Elle s'intéresse tout particulièrement à la situation des adolescentes et des jeunes femmes défavorisées et peu instruites, qui doivent souvent avoir recours à la prostitution pour subvenir à leurs besoins ou à ceux de leurs familles. Car dans la station balnéaire de Natal, de nombreux vacanciers ont pour principale motivation le tourisme sexuel. Une institution difficilement ébranlable... La militante turque Halime Güner se confronte elle aussi à un environnement peu favorable, l'Anatolie du Nord, une des régions les plus traditionalistes de Turquie où les « crimes d'honneur » font loi. Tandis que la cambodgienne Somaly Man, ancienne esclave sexuelle de l'enfer des bordels agit pour empêcher que 2 millions de femmes soient vendues chaque année, dans un pays rongé par la corruption et le trafic d'êtres humains.

 

Les outils les plus efficaces pour rompre le cercle vicieux et destructeur de la pauvreté, qui se « transmet » de mères en filles ? C'est en retrouvant leur autonomie, par le biais de l'instruction et du travail, que les femmes parviennent à augmenter leur qualité de vie et contribuent au développement économique de leurs pays. Dilma fonde la Casa Renascer, un refuge pour les prostituées et leurs enfants, puis met sur pied un centre de formation quelques années plus tard. Celui-ci encourage les femmes à travailler de leurs mains, en plus de leur fournir une éducation de base et un soutien psychologique. Halime a créé quant à elle un réseau local de journalistes femmes. Sa mission : venir à bout de l'analphabétisme et de l'image négative de ses concitoyennes véhiculée dans les médias. Enfin, Somaly a mis sur pied l'AFESIP, association qui permet le sauvetage et la réinsertion sociale des jeunes filles prostituées.

 

En France, si les discriminations prennent un autre visage, elles ne demeurent pas moins présentes et analogues. Nos invitées ont pointé du doigt un manque d'autonomie, de reconnaissance et des inégalités en termes d'accès  à l'emploi et de carrière.

Mariam Khattab déplore la féminisation de certaines tâches dans l'entreprise, comme les métiers de la communication et des ressources humaines. Et inversement. Elles se battent constamment et travaillent plus dur pour prétendre au même salaire que leurs confrères masculins ! Certaines vont même jusqu'à pratiquer l'autocensure pour espérer décrocher un poste, quitte à sous-évaluer leurs compétences et leurs prétentions salariales. Avec le programme Passer'Elles, Mariam détecte une trentaine de jeunes filles diplômées, travaille sur le relationnel en les mettant en réseau, les coache et les accompagne dans leurs recherches. Pour Mariam, l'enjeu est de taille : « Ces jeunes filles sont des modèles pour leurs petites sœurs. En réussissant, elles redonnent de l'espoir aux autres femmes ».

Dans le quartier de la Goutte d'Or, la créatrice Sakina M'Sa se bat pour l'alphabétisation, l'estime de soi et l'autonomie. Sa maison de couture ne se contente pas de fabriquer des vêtements. C'est un lieu où il fait bon tisser le lien social, où des femmes de tous âges et sans emploi apprennent un métier, se découvrent des talents cachés, se cultivent et s'instruisent après leur travail accompli à l'atelier.  Sakina se réjouit de constater que « toutes ces femmes cultivent l'envie d'être dans l'action ».

Lindsey Nefesh-Clarke mise tout sur la femme. Sa plateforme Women's Worldwide Web utilise l'ingénieux microcrédit pour casser le cycle de la pauvreté et permettre aux femmes du monde de suivre une formation ou de créer leur propre entreprise. «  Investir dans l'éducation des femmes a des bénéfices à tous les niveaux de la société, du foyer familial jusqu'au PIB ».

A la question « en quoi le fait d'être une femme est un avantage pour votre action ? », les réponses de nos 3 invitées se font d'abord timides avant de fuser . Selon Lindsey, « La communication reste plus facile face à des femmes et des filles qui souffrent ». Sakima met en avant « la persévérance arrachée » des femmes entrepreneurs. Quand Mariam parle d'une énergie redoublée face à des questions qui concernent toutes les femmes.

 

En France et dans certains pays occidentaux, la politique de l'autruche fait rage. Pourtant la violence, qui touche une femme sur 5, transcende la géographie, les cultures et les sociétés. La condition féminine reste une problématique universelle qui trouve bien souvent une porte de sortie grâce à l'éducation, et ce quel que soit le pays. L'éducation et la formation sont l'avenir de la femme, qui est l'avenir du monde.

 

Aude Serra

audeserrapro@gmail.com

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