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"Intrapreneneuriat social : le nouveau défi en entreprise ?" - compte-rendu écrit

février 2012

Plus besoin de quitter son entreprise pour devenir entrepreneur social ! Une bonne nouvelle à l'affiche du 88ème « Alter Mardi : Parlons Solutions », tantôt envisagée, tantôt rabaissée, qui n'a en tout cas pas fini d'explorer le champ des possibles et de prouver son potentiel. Son nom ? L'intrapreneuriat social.

Mais de qui/quoi parle-ton ? Leila Hoballah, co-fondatrice de CommonsSense et de l'association NOISE (Nouvel Observatoire de l'Innovation Sociale et Environnementale), apparente ces acteurs de l'innovation d'un genre nouveau à des « super héros », qui n'hésitent pas à appliquer les principes de l'entreprenariat social dans leur entreprise, faisant face à différents challenges, comme faire grandir une idée dans un cadre préexistant. Salariés dynamiques, ils savent se montrer rusés, faire face au scepticisme des autres et ont la particularité de garder « les pieds sur terre et la tête dans les nuages ». Afin de les approcher d'un peu plus près, Leila Hoballah nous rappellent leur code de conduite : « se concentrer sur la résolution de challenges, raconter des histoires (storytelling), rester au plus près des valeurs de l'entreprise, engager le top management, utiliser les process existants ou les hacker, créer sa tribu, ‘Do it with joy' (Muhammad Yunus) ».

Quelques personnalités de cette ambitieuse et inspirante « tribu » ont fait part de leurs riches expériences intrapreneuriales lors de cette table ronde. A l'instar d'Emmanuel de Lutzel, initiateur et aujourd'hui responsable de l'activité Microfinance de BNP Paribas : socialement responsable, la banque considère la microfinance comme son champ naturel de citoyenneté, un des outils les plus puissants de lutte contre la pauvreté et l'exclusion : « on explore un champ nouveau dans une quinzaine de pays où on exerce notre métier de banquier tout en faisant du social : cette cohérence est très importante pour le personnel de l'entreprise qui en tire une certaine fierté ». Le succès est au rendez-vous : depuis 5 ans, la banque compte 1,4 millions d'emprunteurs. Bruno Chatelier, fondateur et directeur exécutif de DDB Share, fonds de dotation de l'agence DDB destiné à promouvoir l'entrepreneuriat social en France ambitionne, quant à lui, de « démontrer que la communication peut être créatrice de valeur », de « redonner du sens et d'apporter de l'oxygène à plus de 7500 collaborateurs ». Ses actions sont nombreuses et couronnées de succès, comme Le rire médecin. Son prochain défi ? Faire en sorte que l'entrepreneuriat social s'invite dans la campagne présidentielle.

Malgré la volonté sans relâche et le caractère agile et impétueux de ces supermen de l'entreprise moderne, l'environnement de leurs actions, à savoir la réceptivité et l'engagement de l'entreprise, doit être sans faille. Florian Sauvin, directeur du programme Bel Access du Groupe Bel, évoque un effort à faire dans la prise de risque, ainsi qu'une problématique temps à surmonter : « c'est un de nos combats car ce sont des projets qui ont besoin du long terme pour se développer », tout en rappelant une motivation business omniprésente : « on touche 400 millions de personnes dans le monde, on voit dans le ‘bottom of the pyramid' une vraie chance ». Bel a ainsi fait le pari de revisiter son modèle pour donner accès à ses produits laitiers aux populations à faible pouvoir d'achat et ainsi favoriser leur équilibre nutritionnel.
Pour Ericka Cogne, Corporate Citizenship Manager chez Accenture et coordinatrice du programme Development Partnership, l'entreprise a besoin de soutenir des projets forts à impact fort : « nous soutenons 390 projets dans le monde, dont un projet en Tanzanie avec Coca Cola qui repose sur le détournement des camions du géant de la boisson non utilisés pour distribuer des médicaments ». Elle évoque la difficulté à combattre l'inertie et propose de « commencer petit, avec 2 ou 3 intrapreneurs pour 2-3 zones géographiques et après on grossit », tout en envisageant une synergie efficace entre entrepreneur social et intrapreneur.
L'entreprise : levier inexploité de l'action et de l'innovation sociale ? Plus pour longtemps si, comme le soulève Emmanuel de Lutzel, les obstacles aux trois ‘i' sont surmontés : « ‘i' comme ignorance (et la peur) : il faut convaincre que ça a du sens et que c'est un business model qui fonctionne (gagnant-gagnant). ‘i' comme inertie : combattre la force de l'inertie. Et ‘i' comme indécision (des décideurs) : il m'a fallut convaincre individuellement 40 personnes qui ne s'en référaient qu'à leur directeur général... ».

Si ces intrapreneurs sociaux restent convaincus qu'engagement et rentabilité font bon ménage, leur seul regret est de ne pas y avoir pensé beaucoup plus tôt.

Aude Serra

audeserrapro@gmail.com

 

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