Zoom sur... Le Centre Educatif Fermé de Saverne

mai 2014

8ème Centre Educatif Fermé (CEF) de France et 1er CEF construit, le CEF de Saverne dans le Bas-Rhin, a ouvert ses portes en 2005. Créé par l’association Oberholz, qui a récemment rejoint le GROUPE SOS JEUNESSE, il prend en charge 11 jeunes, de 13 à 16 ans ½, pour une durée de 6 mois renouvelable une fois. Zoom sur un dispositif innovant.

 

Le cadre réglementaireCEF de Savernes

Créés avec la loi du 9 septembre 2002, les CEF s'adressent aux mineurs multirécidivistes ou multiréitérants qui font l'objet d'une mesure de contrôle judiciaire ou de sursis avec mise à l'épreuve. Ils constituent une alternative à l'incarcération et viennent toujours après l'échec de mesures éducatives. Le terme « fermé » renvoie à la fermeture juridique définissant le placement, c'est-à-dire que tout manquement grave au règlement du centre est susceptible d'entraîner une détention.

« Il faut que l’on arrive à casser cette spirale, qu’ils voient qu’ils peuvent aller jusqu’au bout d’un projet »

L’accueil des jeunes se fait en trois étapes successives. La première phase de cinq semaines a pour objectif d’accueillir le jeune, qu’il prenne ses repères, mais aussi qu’il se familiarise avec le règlement de l’établissement. Durant la seconde phase, qui s’étend jusqu’au début du 6ème mois, le projet est élaboré et mis en place en tenant compte des individualités de chaque jeune. L’équipe se mobilise alors pour que l’adolescent puisse se (ré)intégrer socialement, scolairement et/ou professionnellement dans la société. « Il faut que l’on arrive à casser cette spirale, qu’ils voient qu’ils peuvent aller jusqu’au bout d’un projet », confie Daniel Muller, Directeur du CEF. Le jeune n’est pas réduit aux erreurs qu’il a pu commettre dans le passé. Il est considéré comme un adolescent en (re)construction.

mg_7045.jpgL’équipe éducative est présente pour la prise en charge du jeune au quotidien, pour assurer le suivi judiciaire ainsi que pour maintenir ou restaurer les liens familiaux. « Quant ils arrivent, ils sont dans l’incapacité de se projeter », souligne Saïda Rousseau, Chef de service, au front depuis les premiers instants du CEF. L’idée c’est de leur redonner cette capacité à s’ancrer dans un présent et un avenir. Pour cela, en étroite collaboration avec l’équipe pédagogique, dès l’arrivée du jeune, un projet scolaire au sein du CEF ou dans un collège, quand cela est possible, est mis en place. Cela leur permet de coller à nouveau avec le calendrier et les activités des autres jeunes de leur âge. Des ateliers sont aussi proposés au sein de la structure, comme des ateliers d’arts plastiques, de menuiserie, de cuisine…

Du fait, cas assez rare, de son emplacement à proximité du centre ville, le CEF organise beaucoup d’activités en extérieur. « On n’apprend pas à nager au bord de la piscine ! », souligne Saïda. « Ce sont des jeunes qui ont déconné avec la société, mais ce n’est pas en les enfermant qu’ils vont se réinsérer. C’est en les accompagnant », précise Daniel Muller. Dans ce cadre, de nombreux partenariats ont été noués avec les collectivités, les associations, le Tribunal de Colmar, mais aussi avec quelques Maisons de retraites. Régulièrement, les jeunes rendent visite aux personnes âgées lors d’un après-midi, s’occupent de leurs soins, ou organisent une croisière sur leur bateau. Car oui, autre particularité du CEF, la création du projet d’établissement a été centrée autour de la réhabilitation d’un bateau. « Il fallait couper le compresseur pour que les jeunes arrêtent de poncer la coque ! », se remémore le Directeur du CEF en souriant. Depuis déjà quelques années, il est en parfait état de marche et a servi à de nombreuses excursions. Le CEF a d’ailleurs pour projet de faire passer prochainement le permis bateau à deux de ses jeunes.

Les liens avec la famille

Si les activités organisées au sein et autour du CEF sont primordiales, il ne faut pas perdre de vue le lien avec la famille. Il est important et doit être maintenu, quand cela est possible. A Saverne, le droit de visite de la famille est un droit acquis, sauf refus du magistrat référent. Pour Daniel Muller « c’est important pour les familles de rencontrer à nouveau leur enfant ». Les jeunes peuvent aller voir leur famille quelques week-ends durant leur séjour et inversement, les familles peuvent venir au CEF. Etant donné que la structure accueille des adolescents issus parfois de l’autre bout de la France, le billet de train et l’hôtel sont intégralement pris en charge pour les familles les plus modestes. « Le fait de se sentir attendus incite les jeunes à revenir au CEF le dimanche soir. […] on créé un lien de confiance, nous sommes exigeants avec eux, mais cela veut dire qu’ils comptent pour nous », précise Saïda Rousseau.

mg_7037.jpg« L’arrivée dans notre service est une chance qu’ils doivent saisir pour leur avenir » : la prise en charge psychologique

Afin de pouvoir aider au mieux le jeune dans sa démarche de réinsertion, le CEF dispose depuis 2009 d’un agrément « santé mentale », qui lui a permis de se doter d’un psychiatre et d’une infirmière, présentes quotidiennement afin d’assurer le suivi des adolescents. Pour Natacha Bergès, psychologue de la structure, « l’arrivée dans notre service est une chance qu’ils doivent saisir pour leur avenir. Même si au départ ils sont réticents, ce sont les anciens qui poussent les nouveaux à venir me voir ». Le bureau de Natacha Bergès a été placé au centre du CEF, comme poumon de la structure. « Ils me disent souvent qu’ils n’ont pas l’impression d’être au CEF dans mon bureau». Peut être parce que cet endroit est l’un des seuls lieux où ils peuvent tomber le masque de l’adolescent délinquant pour celui de l’adolescent en construction, pas seulement lors d’une consultation hebdomadaire, mais quand ils le souhaitent et en ressentent le besoin.

La sortie du dispositif

La dernière étape de la prise en charge est un courrier rédigé par le jeune, environ un mois avant la sortie du dispositif au Directeur du CEF. A Saverne, à l’heure des e-mails, tout s’orchestre de façon très officielle, afin de responsabiliser l’adolescent et de le mettre face à la réalité du quotidien. Même si la sortie est préparée en amont, cette étape, comme un symbole, marque la fin de la prise en charge et l’autonomisation du jeune. « Ils ne veulent pas partir », souligne Daniel Muller, « durant cette dernière phase, ils rentrent plus souvent chez eux, on leur laisse plus d’autonomie. […] il leur faut un encadrement assez équilibré pour qu’ils puissent se prendre en charge par eux-mêmes à leur sortie», conclut le Directeur du CEF.