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Rencontre avec Chékéba Hachemi, fondatrice d'Afghanistan Libre

janvier 2017

En 1996, Chékéba Hachemi a fondé l’association Afghanistan Libre. Elle a réalisé depuis de nombreux projets dans les domaines de l’éducation, de l’information, du développement rural et de la santé, notamment pour les femmes et les jeunes filles. En partenariat avec le magazine Elle, Chékéba a créé ROZ en 2002, le premier magazine féminin afghan, seul mensuel du pays à paraitre sans interruption depuis 14 ans et à traiter de sujets en faveur de la condition des Afghanes. Membre des Conseils d'administration du GROUPE SOS depuis avril 2016, elle revient sur son parcours depuis son départ d’Afghanistan, en 1986.

Chékéba Hachemi« J’ai quitté l’Afghanistan à 11 ans dans des conditions compliquées. Nous fuyions le régime soviétique. Pendant 12 jours, j’ai traversé les montagnes vers le Pakistan, accompagnée d’un passeur mais séparée de ma mère. C’est à ce moment-là que j’ai vu la réalité de mon pays : des villages détruits par les bombardements et des gens tués un peu partout. J’ai vu l’injustice et ai découvert la guerre. Ces jours ont été difficiles et décisifs. S’ajoutait à cette situation la dureté du passeur, pour qui j’incarnais la "petite bourgeoise" de Kaboul. Face à cela, j’ai senti naître en moi une rage d’y arriver, quoi qu’il arrive. À l’issue de ce trajet pénible, je suis finalement arrivée au Pakistan et j’ai pu rejoindre la France où j’ai retrouvé mes frères et ma mère. Nous avons redémarré une nouvelle vie et j’ai pu suivre une scolarité normale.

J’ai toujours eu la volonté de repartir dans mon pays. C’est pourquoi, en 1996, à la fin de mes études de commerce, j’ai rapidement créé Afghanistan Libre avec trois amies françaises. La France m’avait donné l’accès au savoir, la plus belle chose que l’on puisse donner à n’importe quelle femme et petite fille dans le monde. Je voulais à mon tour donner cette chance aux filles et aux femmes de mon pays. Pour moi, l’éducation est primordiale parce qu’elle évite l’obscurantisme.

Rapidement, nous avons souhaité partir pour monter une école sur place. Mais les talibans sont entrés dans Kaboul en septembre 1996 et nous avons dû rester en France. Une partie du pays, la Vallée du Panjshir, est toutefois restée libre, sous l’autorité du commandant Massoud. Je suis partie en 1999 à sa rencontre. A mon arrivée, des centaines de familles fuyaient les bombardements et affluaient dans la Vallée du Panjshir. Avec d’autres, j’ai aidé ces personnes à trouver un abri. Je pense que ce moment a été clé dans ma vie grâce à une rencontre qui a marqué la suite. Une femme avec ses enfants est arrivée dans le camp de réfugiés. Elle avait perdu la moitié de sa famille et, pourtant, l’une des premières choses qu’elle m’a dites était qu’il serait bien de créer une école dans le camp de réfugiés, pour que les petits aient l’impression de toujours être dans leur village. C’est sur le lieu de cette rencontre que nous avons construit en 2002 le lycée Malalaï, premier lycée de filles d’Afghanistan Libre.

carte AfghanistanL’autre rencontre qui a marqué cette période est celle du commandant Massoud. Nous avons fait beaucoup de choses ensemble et, pour lui, l’éducation des femmes est devenue un enjeu majeur pour l’Afghanistan. En France, à l’époque où les médias ont commencé à s’intéresser à la situation du pays, je suis devenue une porte-parole de ce qui se passait en Afghanistan. En 2000, le magazine Elle a d'ailleurs réalisé un dossier spécial sur ce pays, avec une Afghane en couverture.

Peu de temps après l’assassinat du commandant Massoud et les attentats aux États-Unis, en 2001, la situation a évolué en Afghanistan. Les forces américaines sont arrivées sur place et le Président Hamid Karzai a été élu. En décembre, je suis devenue la Première femme diplomate du gouvernement provisoire afghan, la Première Secrétaire de l’Ambassade d’Afghanistan auprès de l’Union européenne. À cette époque, j’ai beaucoup travaillé avec la Communauté européenne pour faire bouger les choses. Nous avons notamment obtenu le vote d’une ligne budgétaire dédiée aux femmes afghanes. En 2005, je suis repartie à Kaboul et suis devenue Conseillère auprès du Vice-Président afghan, en charge des grands projets de priorité nationale. J’ai alors pris conscience des limites de la politique. J’ai découvert la corruption de mon propre gouvernement et j’ai commencé à la dénoncer. La situation est devenue dangereuse pour moi à Kaboul et je suis repartie à Paris en 2008 en tant que Ministre Conseiller basée à Paris. Un an plus tard, ne supportant plus la corruption omniprésente dans ce gouvernement, j'ai préféré démissionner.

condition feminineEn 2010, j’ai créé une agence de conseil, spécialisée dans l’étude, la conception et la réalisation de projets sociétaux pour les secteurs public et privé, notamment la promotion et la place des femmes dans l’entreprise. J’ai également réalisé une série de documentaires sur les femmes dans le monde. Aujourd’hui, en parallèle de mes activités de conseil, je poursuis mon combat pour les Afghanes grâce à l’association. Récemment, nous avons intégré le GROUPE SOS. Les valeurs d’Afghanistan Libre s’inscrivent dans celles portées par le groupe et ce rapprochement a du sens pour Afghanistan Libre et pour moi. J’espère que nous allons continuer à développer les activités de l’association mais également celles du pôle de Solidarité Internationale. Je crois beaucoup en la diversité de l’ensemble de nos activités et à la synergie qui peut nous faire avancer. Nous pouvons faire beaucoup de choses, ensemble. »

EducationFaire des femmes des actrices de la Cité à part entière

Créée en 1996, Afghanistan Libre favorise l’autonomie des femmes et des jeunes filles afghanes. Avec un principe d’impartialité, de non-discrimination sociale, religieuse ou politique, l’équipe de l’association a adopté une approche participative, intégrée et durable. Son travail repose sur le constat que la participation de la communauté est primordiale. La légitimité de l’action d’Afghanistan Libre est donc basée sur un dialogue permanent avec les acteurs locaux pour que leurs besoins soient bien identifiés.

Faire tomber les barrières psychologiques

Permettre aux femmes de jouer pleinement leur rôle dans la société passe d’abord par leur épanouissement personnel et par la sensibilisation de tous à la condition féminine. L’équipe d’Afghanistan Libre propose ainsi des consultations pour les femmes et leurs enfants en Centres psycho-sociaux, des groupes communautaires pour aborder la question des détresses individuelles et régler le trauma lié à la guerre, un conseil familial pour aborder la question du rôle de chacun dans la famille.
 

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