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Plaidoyer : les addictions se soignent aussi par la politique

juin 2019

Acteur historique de la lutte contre les addictions, le GROUPE SOS s’appuie sur 35 ans d’expertise pour porter aujourd’hui 3 propositions majeures pour changer le regard sur les addictions. Le Dr. Guy Sebbah, Porte-parole du Plaidoyer « Addictions », remis celui-ci le 18 juin à Marie-Pierre Rixain, Députée de l’Essonne et Vice-Présidente du Groupe d'études de Lutte contre les addictions, lors d’un événement au café Fluctuat Nec Mergitur à Paris.

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Pourquoi ce plaidoyer ?

Il est temps de revenir à la raison : une personne addict est malade. Le système répressif français brouille ce message et nombreux sont celles et ceux qui vivent leur addiction dans l’angoisse qu’elle soit découverte par leurs proches, leurs employeurs. Ils s’enferment peu à peu dans la spirale de l’exclusion, sans traitement ni accompagnement adéquat. La répression a démontré partout dans le monde et à toutes les époques son inefficacité et sa dangerosité.

La stigmatisation collant à l’addiction est un frein dans le soin et l’insertion des personnes concernées qui vivent honte et rejet. L’aspect multifactoriel de cette maladie suffit à démontrer que la réponse uniquement répressive est simpliste, inutile et néfaste.

On a compris que les mécanismes qui sous-tendent une consommation d’alcool sont les mêmes que pour les consommations de produits illicites. Il faut aller plus loin. L’action ne doit pas être uniquement portée par les centres spécialisés. Ces derniers doivent devenir des acteurs de la Cité et proposer des panels d’offre d’accompagnement plus large encore qu’aujourd’hui : vers la médecine de ville, vers la médecine du travail, vers la médecine scolaire et vers l’entreprise désemparée dans ces domaines. Le grand public et les personnels soignants sont encore perdus face à ces sujets. Plus de la moitié des médecins généralistes libéraux déclarent ne pas traiter leurs patients addicts comme les autres. Ce plaidoyer n’a qu’un seul but : changer notre regard sur les addictions et effacer les stigmates. C’est le préalable incontournable à l’adoption de réformes dont nous avons tant besoin et que nous promouvons ici.

Nos propositions :

plaidoyer addictions1. Dépénaliser l’usage et la possession pour usage personnel de toutes les drogues, et légaliser la culture, la vente et l’usage du cannabis dans le cadre d’un monopole public. Tous les malades doivent être traités de la même façon et la répression est un obstacle au soin des personnes ayant une addiction, démontrée inutile, coûteuse pour les finances publiques, créatrice de stigmatisation et d’exclusion : en clair, contreproductive. Concernant le cas particulier du cannabis, dont les Français sont parmi les plus grands consommateurs malgré une des politiques les plus répressives d’Europe, la légalisation sous monopole d’Etat permettrait à la fois le soin de ceux ayant une addiction, d’importantes recettes fiscales, l’assèchement du trafic et la mise en place d’une politique de prévention par les prix bien plus efficace, comme pour le tabac.

2. Créer 150 Plateformes Addictions sur le territoire en fusionnant les dispositifs existants, guichet unique facilement identifiable et accessible pour les usagers, leur entourage comme pour tous les professionnels de santé. Les dispositifs spécialisés dans la prise en charge des addictions développent des actions « hors les murs » et d’accompagnement ciblées et efficaces. Cependant, ces services restent cloisonnés. La distinction entre types de dispositifs est de moins en moins pertinente car leurs compétences se chevauchent pour répondre à la réalité des besoins. Certains milieux (scolaire, de l’entreprise) ont besoin d’un accompagnement et de formation dans la prise en charge de l’addiction, et demeurent sans interlocuteur clairement défini. La création d’un guichet unique permettrait de fusionner les expertises, et de proposer un accueil du public comme des professionnels nécessitant expertise et formation. Par ailleurs, chaque Plateforme Addictions pourrait gérer une Salle de consommation à moindre risque, lesquelles peinent à dépasser le stade expérimental malgré la preuve de leur efficacité pour les usagers comme pour la pacification de l’espace public.

3. Distribuer et informer sur les antidotes aux overdoses d’opiacés à base de naloxone, en ciblant l’ensemble du corps médical et le grand public. La crise des overdoses aux opiacés sévit en France, et le nombre de morts ne cesse d’augmenter. Un outil efficace de réduction des risques d’overdose aux opiacés existe, à base de naloxone, pouvant sauver des vies. Mais le manque de formation et d’information du corps médical en dehors des cercles de spécialistes ainsi que la mise à disposition de cet antidote très restreinte fait obstacle à sa distribution et à son utilisation, nous privant d’un remède utile et facile d’utilisation. Les médecins libéraux, premiers prescripteurs d’opiacés et premier point d’entrée dans le soin pour l’immense majorité des Français doivent disposer de l’information et de formations suffisantes pour pouvoir prescrire la naloxone, et les pharmacies en délivrer sans ordonnance à des prix accessibles.

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Le sondage IFOP pour le GROUPE SOS révèle un problème d'accès aux soins

Il est primordial que les personnes ayant une addiction puissent trouver un point d’entrée dans le soin par les médecins généralistes libéraux, comme n’importe quel patient. Cela relève non seulement d’une question d’efficacité (ils sont les plus accessibles pour le grand public) mais également d’égalité dans l’accès aux soins. Or, selon un sondage Ifop pour le GROUPE SOS, si 93% des médecins généralistes libéraux ont déjà pris en charge une personne ayant une addiction (77% dans l’année écoulée), plus de la moitié déclare les traiter différemment des autres patients (redirection vers d’autres services, appréhension voire refus de la prise en charge). Plus d’un tiers déclare être insuffisamment formé en matière de savoir médical pour prendre en charge un patient souffrant d’une addiction, et plus d’un quart déclare même ne pas être suffisamment formé en matière de relations humaines avec ces patients. Cela signifie donc qu’une personne souffrant d’une addiction et se rendant chez son généraliste a plus d’1 chance sur 2 de se voir traiter différemment des autres patients, plus d’1 chance sur 3 de ne pas avoir accès au traitement dont elle a besoin, plus d’1 chance sur 4 que la relation humaine soit inadaptée. Ce qui pose la question de l’accès aux soins pour les personnes toxicomanes et de l’égalité de traitement d’une population assimilée à la marginalité.

GROUPE SOS Solidarités

GROUPE SOS SolidaritesA GROUPE SOS Solidarités, nous croyons au concept de fécondité sociale : chaque individu a quelque chose à apporter à ses contemporains. Ainsi, nous déclinons le concept de solidarité au pluriel et développons des actions solidaires auprès de personnes précaires, souffrant d'addictions, atteintes du VIH, en situation de handicap, sans-abri ou mal logées, LGBT+, migrantes, travailleuses du sexe.

C'est par la recherche constante de solutions innovantes que nous parviendrons à faire reculer l'exclusion et la précarité.

 

Dr. Guy Sebbah, Porte-parole du Plaidoyer Addictions

guy sebbah

Membre du directoire - Solidarités

guy.sebbah@groupe-sos.org   Résultat de recherche d'images pour  @GuySebbah   Résultat de recherche d'images pour  Guy Sebbah

Médecin de formation, Guy Sebbah rejoint le GROUPE SOS en 2001, en tant que Médecin-Directeur de l’un de ses établissements. Il a ensuite exercé les fonctions de Délégué Régional Groupe Ile-de-France et a participé au développement des activités Solidarités, dont il a assuré la Direction. Guy Sebbah a occupé, entre 2015 et 2017, le poste de Délégué Général du GROUPE SOS et a accompagné le développement des secteurs Santé et Seniors. En 2017, il devient Directeur Général de GROUPE SOS Solidarités puis, en 2019, Membre du Directoire du GROUPE SOS - Solidarités.

Retour sur l'événement

Le 18 juin au Café Fluctuat Nec Mergitur, le Dr. Guy Sebbah a présenté les propositions portées par le Plaidoyer Addictions et l'a remis à Marie-Pierre Rixain, Députée de l'Essonne. Jean-Philippe Dubrulle, Chef de Groupe au département Opinion et Stratégies d'entreprise du Groupe Ifop, a analysé les résultats de l'enquête "Les médecins généralistes et les addictions", qui ont nourri notre réflexion autour de la prise en charge des addictions. Tour à tour, Jean-Pierre Couteron, Psychologue addictologue et Porte-parole de la Fédération Addiction, puis Christian Ben Lakhdar, Economiste de la santé, des drogues et des addictions, ont pris la parole pour apporter leur éclairage, avant de répondre aux questions du public.

 

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