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Economie sociale et solidaire

Les réussites de l'économie sociale et solidaire

La coopérative Idéoscope
Le bonheur est dans la Scop

En pleine campagne percheronne, la coopérative Idéoscope fait la joie de ses salariés, mais aussi des habitants d'Argentan...

A 37 ans, Jean-François Bernard est un chef d'entreprise épanoui. Voilà déjà plus d'un an qu'avec son associée, Valérie Baudry, il dirige Idéoscope, une petite société coopérative ouvrière de production (Scop), nichée dans une vieille ferme percheronne. « Le bonheur », jubile-t-il. A ses côtés, sa jeune assistante Sophie Caillot sourit aussi
« Travailler dans une coopérative, c'est vraiment différent. Ici, tout le monde participe aux prises de décisions. J'ai travaillé pour des grandes compagnies de travail temporaire, cela n'avait rien à voir ! »

Idéoscope n'est pourtant pas une fabrique d'euphorisants. Cette simple agence de communication travaille surtout pour des collectivités locales et des organisations de (économie sociale. Mais pour Jean-François Bernard, le cadre coopératif change toute l'ambiance de travail. Dans une Scop, en effet, le capital est détenu majoritairement par les salariés... « Nos statuts fixent certaines règles : 45 % des bénéfices sont
partagés entre les six salariés, de plus le principe "une personne = une voix" met tout le monde à égalité dans les décisions, quel que soit son apport en capital. Résultat, les motivations du personnel s'avèrent stupéfiantes !
» Et Jean-François Bernard de multiplier les exemples. Récemment encore, toute l'équipe s'est littéralement démenée pour trouver une spécialiste de la PAO (publication assistée par ordinateur) dans ce coin rural de Basse-Normandie...

Désormais, Jean-François Bernard est un adepte des statuts des coopératives et de l'économie sociale. Surtout depuis qu'il travaille pour la ville voisine d'Argentan... La commune ornaise a fait appel à Idéoscope pour promouvoir le tiers secteur auprès des habitants. Une réunion d'information a été organisée à la Maison du citoyen, et Jean-François Bernard s'y est naturellement rendu pour expliquer l'économie sociale à l'assistance. « Les femmes présentes n'étaient pas des spécialistes, et je ramais pour leur expliquer les notions de sociétaires, de bénévoles... Et voilà qu'une jeune femme explique qu'elle veut travailler en tant qu'auxiliaire de vie auprès des anciens. Une autre annonce alors qu'elle veut, elle, s'occuper bénévolement des personnes isolées. Là, je lui réponds qu'en tant que bénévole, elle risque de prendre le boulot de l'auxiliaire de vie... Puis j'ajoute : par contre, si vous montez bénévolement une association pour recenser les besoins des personnes isolées, et si vous démarchez les collectivités locales pour des financements, vous pourrez embaucher cette jeune auxiliaire de vie. Les femmes ont trouvé l'idée formidable. Je leur ai dit: voilà, c'est ça, l'économie sociale ! » Jean-François Bernard jubile, car depuis, ce projet d'association est sur les rails ; mieux encore, ce groupe d'une vingtaine de femmes milite désormais pour l'économie sociale...

Car « Charlie », comme elles le surnomment, est bientôt venu leur montrer son projet de dépliant sur l'économie sociale pour la ville d'Argentan. Elles ont tenu à le corriger. Désormais l'imprimé énonce donc que l'économie solidaire, « ce n'est pas un rêve », et que ses entreprises « ne sont pas délocalisables » — un argument fort dans l'ancienne cité de Moulinex. Emballées, les femmes se sont mises à sillonner la ville pour diffuser le nouveau dépliant, et son questionnaire sur les envies et les besoins des habitants.
Au conseil municipal, l'élu vert Nicolas Vivier se réjouit : « L'économie solidaire commence à prendre une forme concrète à Argentan. »

« Un vrai bonheur ! », conclut Jean-François Bernard ; « Avec des statuts d'entreprise classique, seul l'argent aurait compté, et cette expérience ne serait jamais arrivée. Mais grâce à l'économie sociale, avec ces femmes, cela a été 'gagnant-gagnant'; pour parler comme les libéraux. Certaines d'entre elles sont en difficulté, et elles s'investissent aujourd'hui dans de nouveaux projets, en retour, elles m'ont appris beaucoup sur la communication... »

Idéaliste ? Jean-François Bernard rectifie : « Nous avons souvent une image de gauchistes, moi, je me considère avant tout comme un chef d'entreprise. » Une entreprise pérenne, puisque le patrimoine d'une Scop survit à ses membres. Une entreprise utile, aussi, avec déjà six emplois créés. En ce début septembre, la Scop doit quitter sa ferme champêtre pour rejoindre les commodités de la petite ville de Mortagne-au-Perche. Idéoscope prend de l'envergure. Jean-François Bernard rigole. « Les élus locaux nous envoient même des CV, maintenant ! »

 

Olivier Bonnin

 

(1) cf. www.selidaire.org

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