Les réussites de l'économie sociale et solidaire
Société
de capitaux
La Péniche
ou l'autogestion en SARL
L'économie sociale peut aussi se pratiquer dans le cadre d'une société
de capitaux. La preuve avec une entreprise de rédacteurs parisienne.
A l'entrée, une grande table ronde, et des postes informatiques disséminés
tout autour; au fond, un coin cuisine, et, au sous-sol, une salle de réunion...
Inutile de rechercher dans ce petit local de l'Est parisien un vaste et confortable
bureau de directeur: il n'existe pas. La Péniche est une entreprise autogérée.
Pas même une coopérative: les fondateurs de cette société
de rédaction, en 1996, ont choisi de se constituer en Société
à responsabilité limitée (SARL). Voilà donc une
entreprise capitaliste qui relève pourtant de l'économie sociale.
Ainsi, les neuf salariés possèdent à parts égales
le capital investi - le minimum requis pour une SARL, soit 7500 euros. Et quelle
que soit leur ancienneté, les employés bénéficient
tous du même salaire - soit un peu plus de 12 euros nets de l'heure -
et de la même mutuelle de santé. Quant à la direction, elle
est donc collective.
« Chaque lundi, nous nous réunissons pour nous répartir
les tâches de la semaine », précise Alain Détolle,
l'un des rédacteurs de la Péniche. « Nous sommes tous
assez polyvalents, mais nous travaillons d'abord selon nos affinités
: par exemple, Hélène et Christian préfèrent la
rédaction, tandis qu'Olivier aime bien la comptabilité...
» Et qui tranche donc les points de désaccord ? « On discute
ensemble, on essaie d'être dans le consensus... Oui, parfois, les décisions
prises sont frustrantes pour certains. Mais au moins, tout le monde a son mot
à dire ; et la pression des responsabilités ne s'exerce pas sur
une seule personne. »
Et en sept ans d'autogestion, la Péniche a su trouver son rythme de croisière...
Au total, seuls cinq salariés ont fini par quitter le navire, notamment
pour des raisons salariales. La gestion est rigoureuse, avec des comptes de
résultats établis jusqu'à quatre fois par an, et déjà
plus de 60 000 euros de fonds propres accumulés. Un tirage au sort désigne
pourtant chaque année l'heureux salarié gérant à
titre honorifique pour les douze mois à venir... Quant à l'activité,
elle ne manque pas les rédacteurs œuvrent pour deux revues, Associations
mode d'emploi, et la toute nouvelle Travailler dans l'économie sociale
et solidaire. La Péniche travaille également pour la communication
d'entreprises du tiers secteur, telles que le Crédit agricole, ou les
Ménages prévoyants. La société a même atteint
une envergure nationale, avec deux salariés implantés à
Grenoble et à Lyon...
Reste une énigme: pourquoi cette jeune entreprise de l'économie
sociale a-t-elle donc opté pour ce très libéral statut
de SARL ? « Nous nous revendiquons très fortement comme membres
de l'économie sociale, opine Alain Détolle; mais le statut
de Scop (Société coopérative de production), par exemple,
entraverait notre autonomie, avec des contrôles réguliers du mouvement
coopératif et des exonérations sous conditions. Avec la SARL,
nous sommes dans un régime de droit commun. Et au passage, nous montrons
que nous pouvons faire mieux que les libéraux, sur leur propre terrain...
»
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