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Le CER Lozère

La rupture, base d'une reconstruction

L'association SOS Insertion et Alternatives vient d'ouvrir en Lozère un centre éducatif renforcé (CER). Cette structure accueille des mineurs délinquants qui font l'objet d'un placement judiciaire. Une mesure qui permet l'éloignement du jeune de son milieu naturel et dont l'issue peut se révéler positive pour l'avenir.

Alexandre, Issam, Romain, Frédéric et Junior sont des mineurs délinquants en grande difficulté. Chacun a sa propre histoire, un parcours semé d'embûches, souvent ponctué de drames familiaux. Certains ont même quitté la scolarité depuis l'âge de 14 ans. À l'issue d'une mesure de placement judiciaire prévue dans le cadre de l'ordonnance du 2 février 1945, ces jeunes sont arrivés en octobre dernier au Centre éducatif renforcé (CER) d'Ispagnac de l'association SOS Insertion et Alternatives (Groupe SOS) en Lozère. Installés pendant trois mois (1) dans le gîte de ce petit village (2), ils vont vivre une expérience nouvelle, découvrir un mode de vie différent, établir d'autres liens relationnels et rompre avec les comportements et l'environnement qui les ont conduits à ce placement.

Le CER Lozère a ouvert ses portes le 6 octobre dernier. Un CER doit répondre à un certain nombre de règles fixées par le législateur. Il peut accueillir huit jeunes au total, de 13 à 18 ans, par session de trois à six mois au maximum. « L'idée de ces structures réside dans l'encadrement éducatif renforcé, c'est-à-dire dans la mise en place d'un accompagnement permanent des mineurs, dans les actes de la vie quotidienne comme dans les différentes démarches de remobilisation. Plus que l'hébergement au sens strict, c'est la présence éducative continue qui constitue leur singularité. Il s'agit de petites unités d'hébergement qui doivent s'articuler sur un dispositif d'activités de jour ou sur des actions spécifiques développées avec les jeunes durant une durée limitée », précise le cahier des charges.

Pour mener à bien le projet, Jean-Luc Brohan, délégué régional Midi-Pyrénées du Groupe SOS, a recruté une équipe (3) de choc et les qualités humaines de chacun ont été privilégiées. « Nous avons eu des difficultés à trouver du personnel spécialisé, car il faut vraiment être polyvalent », se souvient Jean-Luc Brohan. Et le public présent n'est pas un public facile ; le personnel est susceptible de recevoir beaucoup de violence au quotidien... En cas de besoin, il peut se confier à Arnaud Raynier, le psychologue, dont le rôle est aussi de soutenir ses collègues. Après plus de deux mois de pratique, le directeur est enthousiaste : « Nous avons une bonne équipe, très motivée. Tous s'investissent énormément et le chef de service effectue un travail remarquable. »

Apprendre la vie en communauté

Le programme éducatif du CER comprend diverses activités suivant les saisons : chantiers d'utilité collective, spéléologie, canyoning, randonnée en montagne, VTT, rafting, arts martiaux, etc. En 2003, pour les fêtes de fin d'année, les jeunes ont même vécu une expérience exceptionnelle. Du 23 décembre au 2 janvier, un raid dans le Vercors en chiens de traîneau leur était réservé, avec une soirée de réveillon du nouvel an peu ordinaire : une nuit dans une grotte. « Les raids sportifs sont très importants, confie Kaer Amar, chef de service. Les jeunes partent plusieurs jours avec des éducateurs. Cela leur apprend le partage, la solidarité, la vie en communauté avec ses règles à respecter. Cela crée également du lien, car les éducateurs sont embarqués dans la même “galère” qu'eux. »

Cet éloignement du milieu familial (4) ou naturel a pour but de les inviter à réfléchir. « Car lorsqu'ils arrivent, poursuit le délégué régional, ils n'ont même pas conscience des actes délictueux qu'ils ont commis. Ils n'ont même pas intégré la loi. »

Dans le centre, les mineurs doivent donc se plier à des règles strictes : levé à 7h, couché à 22h30, respect du matériel, de l'hygiène, participation aux tâches ménagères, politesse, etc. Leur inculquer quelques valeurs fondamentales est une mission essentielle du CER. « Nous travaillons avant tout sur l'éducation, sur les lois... Nous leur demandons quand même beaucoup de choses et je comprends que cela puisse être parfois difficile pour eux. Les trois premières semaines sont essentielles, il ne faut rien lâcher. Puis, tout doit se mériter, comme une soirée télé par exemple », explique Kaer. Car, comme le précise l'éducateur Christophe Toulouse, « il ne faut pas oublier que ce placement est une sanction ».

Malgré la bienveillance de l'équipe, l'échec peut survenir. Lors de la 1ère session, Kaer, après en avoir informé les autorités judiciaires, a dû reconduire deux jeunes dans leur milieu d'origine à cause de leurs passages à l'acte répétés et de leurs troubles du comportement. Le passage en CER peut aussi servir à évaluer la santé physique – le chef de service veille à ce que tous passent une visite médicale –, mais aussi psychologique du jeune. Un domaine dans lequel le psychologue joue un rôle phare : « L'objectif est d'arriver à faire tomber le masque et à rencontrer la personne. J'essaie de les faire parler de leur histoire, et d'instaurer une discussion plus personnelle avec eux. »

Durant les trois mois de la session, l'équipe tente d'orienter socialement, voire professionnellement le jeune, et faire connaître à ce public le monde du travail prend tout son sens. Les travaux effectués sur les chantiers d'utilité collective, comme la réhabilitation de chemins, constituent alors une première approche importante.

Et pour préparer l'après CER, tous les éducateurs « fil rouge » des jeunes se sont déplacés au CER, fin novembre, pour rencontrer l'équipe et les jeunes. Ensemble, ils ont préparé l'avenir de ces mineurs et ont mis en place un projet pour chacun. Il semblerait même que le CER ait été très bénéfique à certains. « Junior a fait un parcours remarquable. Il va intégrer un appartement autonome en région parisienne, puis passer le BAFA (Brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur) pour, à terme, devenir éducateur sportif », se réjouit Jean-Luc Brohan. L'émergence d'un désir, reflet d'un pas de géant... Et si le CER était réellement une opportunité ?

Delphine Després

(1) Le CER organise trois sessions de trois mois par an.

(2) L'installation du CER dans un gîte à Ispagnac est provisoire. Le centre devrait déménager au premier trimestre 2004 dans une bergerie à Mende.

(3) L'équipe est composée de onze personnes : directeur, chef de service, éducateurs, maîtresse de maison, assistante, psychologue. Et pour chaque jeune, un éducateur est choisi comme référent.

(4) Lors du premier mois, les jeunes n'ont aucun contact avec leur famille. Ensuite, ils peuvent les appeler selon les règles établies par le chef de service.

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Cet article est issu du dossier Protection de l'enfance - Eduquer sans formater paru dans Interdépendances n°52 - Janvier 2004.

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