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L'aide sociale à l'enfance : une porte ouverte sur une nouvelle vie

L'admission d'un jeune en internat dans un centre d'action éducative et sociale (CAES) est toujours une aventure. Dans un temps relativement court, avec des informations souvent limitées, il s'agit de prendre une décision qui va engager la vie du jeune pendant plusieurs années et orienter sa formation professionnelle.

Lorsque l'assistante sociale contacte le centre, cherchant une place pour un adolescent dont la situation familiale et scolaire ne permet pas le maintien dans son milieu, le principe du placement est rarement acquis pour le jeune et pour la famille. Le dossier est souvent incomplet et les parents ne sont jamais d'un grand secours puisque le placement les renvoie à leur échec. Devant ces difficultés, il est impératif d'être rigoureux et de respecter les étapes qui s'imposent :

– faire face au problème tel qu'il est, en essayant de le cerner de la façon la plus objective possible ;

– dédramatiser l'idée de l'internat auprès du jeune et de sa famille ;

– informer sur les conditions du placement, sur le centre susceptible de l'accueillir, sur les métiers proposés ;

– décider enfin, et impérativement.

Trop souvent, les adultes refusent de s'engager auprès des jeunes.

A ce stade, le choix n'existe plus. Prétendre que l'adolescent a la liberté de choix est une tromperie, qui ne lui échappe d'ailleurs jamais. Tout serait-il donc joué d'avance ? Pas tout à fait. Il faut démystifier l'image de l'internat en le présentant comme une chance offerte. Et cela en est une. Une des fiertés de JCLT est de réaliser avec les jeunes marginaux une prise en charge éducative, scolaire et professionnelle permettant d'obtenir des résultats. Pour un adolescent de 15- 16 ans, une porte s'ouvre à nouveau. Dans presque tous les cas, la visite de l'établissement emporte les dernières hésitations qui demeuraient à l'issue de l'examen d'admission du futur résidant. Cet examen est un examen psychologique pour apprécier le niveau et les aptitudes du jeune, et donc limiter le risque d'erreurs et d'insuccès. Mais n'oublions jamais qu'un enfant ne peut pas se réduire à quelques résultats chiffrés de tests psychotechniques. Une part d'insaisissable demeure. La visite d'admission est une rencontre, difficile certes, où se nouent et se dénouent des sentiments très divers. L'enjeu est de ne pas « louper » ce moment déterminant pour le devenir de l'adolescent.

Quant à la famille, si elle est peu présente physiquement à ce niveau, elle est pourtant omniprésente : dans le dossier, lors de l'entretien avec l'assistante sociale, dans le discours du jeune. Sa présence est souvent prégnante, sa structure complexe dans un contexte dégradé (95 % des enfants placés dans l'association sont issus de familles désunies). La tendance actuelle est de maintenir le jeune dans le milieu familial et surtout de ne pas rompre les liens. Mais quels liens ? Quelle famille ? Beaucoup de questions se posent, sans amener de réponses catégoriques. Les relations du jeune avec sa famille s'inscrivent souvent dans un « cycle infernal », où les conflits s'auto-alimentent. Dans cette situation, le placement intervient comme un « sas de décompression ». Il permet une mise à distance provisoire, toujours réversible. Les relations parents/enfants peuvent s'établir sur des bases nouvelles, même si le problème de fond de la cellule familiale reste posé. A cette étape de la prise en charge éducative, une complémentarité des services intervenant dans la famille est indispensable : au milieu ouvert, le travail avec la famille ; à l'internat, l'ouverture de perspectives socioprofessionnelles pour le jeune.

L'internat doit être une solution préventive et non curative. Trop souvent, le placement intervient lorsque l'on a tout essayé. L'internat en tant qu'action de prévention s'inscrit alors dans l'arsenal des moyens mis à la disposition des services unifiés de l'enfance et des circonscriptions sociales. Mais la solution de l'internat n'est acceptable qu'à la condition d'une prise en charge éducative permettant la scolarité ou la formation professionnelle et respectant les relations familiales. C'est en ce sens qu'il n'est pas une impasse, mais bien une porte ouverte, une chance offerte.

René Lenfant

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Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - Avril 2003.

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