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Redonner sa juste place à la substitution

Il est parfois des révolutions discrètes. Celle survenue durant l'hiver 1995, qui a vu la généralisation en France des traitements de substitution, en fait partie. Révolution, car elle allait permettre une profonde transformation de la prise en charge des toxicomanes. Après les années du tout-abstinence, du tout-psychothérapeutique et du tout-éducatif, un certain pragmatisme voyait enfin le jour, la France découvrant les fruits des expériences étrangères, la médecine redécouvrant que les toxicomanes étaient avant tout des sujets souffrants, à qui elle pouvait et devait proposer soins et soulagement.

Aujourd'hui, avec huit ans de pratique en France, et à la lumière des expériences plus longues de nos pays voisins, un bilan peut être fait. Il est formidablement positif, mais pourrait l'être bien plus encore... Il est positif, comme peuvent en témoigner bien des patients désormais libérés de leur dépendance aliénante aux substances toxiques : enfin, leur énergie psychique peut s'orienter vers la reconstruction de leur vie plutôt que se perdre dans les « défonces » compulsives. Positif, parce qu'un minimum de stabilité comportementale permet au moins la prise en compte des pathologies somatiques et psychiques, la réduction des risques infectieux, une réinscription sociale et un accès aux soins et aux centres de soins.

Mais ce bilan pourrait être meilleur si la substitution n'était pas trop souvent mésestimée, méconnue, parfois même par certains professionnels chargés de la mettre en pratique. En effet, des conceptions erronées ont encore cours dans l'esprit de certains patients, de leur entourage, de certains acteurs de la santé, de soignants peu respectueux des circulaires officielles et méconnaissant parfois leur esprit. Non ! Méthadone et Subutex ne sont pas des « produits de substitution ». Il ne s'agit pas de « donner » de la drogue aux drogués, ni de « substituer » une drogue à une autre au simple prétexte de diminuer des risques. Il s'agit en fait d'authentiques traitements pharmacologiques de l'addiction aux opiacés, de véritables traitements préventifs de la rechute, de traitements curatifs du « craving » aux opiacés.

Il est grand temps d'en venir à de bonnes pratiques des traitements antiaddictifs. Un effort de formation et d'information doit être entrepris et développé, chassant de fausses idées préconçues. Bien souvent, donc, ces médicaments sont méconnus, mal compris. Mais plus encore, les traitements de substitution sont, parfois même en CSST (Centre spécialisé de soins aux toxicomanes), trop souvent mal prescrits, sous-dosés, pour des durées trop brèves. Ce dogme de l'abstinence confondue à la guérison n'a pas fini de faire des ravages dans les esprits. De même, le champ des si fréquentes morbidités psychiatriques et des effets bénéfiques directs et indirects des traitements de substitution est encore trop souvent inexploré, voire nié.

La substitution n'est pas, bien sûr, à elle seule l'alpha et l'oméga de la prise en charge de nos patients addictifs. Mais elle est un outil majeur, central, à utiliser en toute connaissance de cause, et surtout à proposer aux patients, intégré aux offres de soins diversifiées, globales, transdisciplinaires que peuvent et doivent proposer les CSST.

Comme toute autre méthode thérapeutique, la substitution n'a jamais, à elle seule, guéri personne. Mais c'est un remarquable outil à la disposition de tous les soignants, et surtout des patients dits « toxicomanes », ou plutôt souffrant de troubles addictifs aux substances opiacées. Un outil qui, avec d'autres, peut les aider à se guérir par eux-mêmes.

r Bernard Autheman,

médecin psychiatre,

chef des services médicaux de l'AVAPT

(SOS Drogue International),

CSST du Vaucluse

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Cet article est paru dans Interdépendances n°49 - Avril 2003.

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