Quand la poésie souffle un vent d’amitié

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Jonathan et Caroline se sont rencontrés grâce aux Souffleurs d’Images, service proposé par Souffleurs de sens (ex-CRTH) pour permettre aux personnes malvoyantes d’accéder à des spectacles ou des lieux culturels tels que des musées. Leur histoire est surtout celle d’une amitié cimentée par un goût commun pour la poésie.

Deux univers, deux histoires qui se rejoignent

Caroline est photographe, réalisatrice de films, artiste visuel et poète. « Je travaille pour une revue sur la photographie ». Jonathan lui, est poète et participe à des ateliers de pratique théâtrale.

L’histoire de Jonathan est celle d’un autodidacte. Avec un frère qui joue du saxophone, une sœur qui aime peindre, l’art est le dénominateur commun de sa fratrie. Sa découverte de l’art ? Dès ses 5 ans. « J’allais au centre aéré. On nous proposait des activités d’initiation à l’art plastique et à l’expression corporelle ». La danse fait une première apparition dans sa vie en écoutant une cassette de Yannick Noah, Saga Africa. Puis la poésie, dès le collège. « Au départ, je n’y étais pas très sensible, j’avais l’impression de passer à côté ». C’est plus grand, via le rap, qu’il développe son goût pour le Cinquième Art. « J’écrivais des poèmes pour des chansons mais ne les interprétais pas, il s’agissait de textes improvisés. J’en ai beaucoup écrits et aimerais les matérialiser sur d’autres supports, mais ça, c’est un autre projet pour l’avenir ! ».

Transmettre l’art par le souffle

C’est par une amie artiste peintre que Caroline a découvert les Souffleurs d’Images. « Avant même de savoir ce que c’était, j’ai trouvé le nom Souffleurs d’Images très poétique et ai eu très envie de suivre la formation de souffleuse. Une façon de donner du temps pour les autres ». C’est en 2017 que Caroline commence sa formation en tant que souffleuse. « J’ai rencontré tout le service puis n’ai eu qu’une envie : souffler pour les autres ». Une envie qu’elle a concrétisée dans les expositions de peintures comme lors de spectacles vivants. « Dans l’une ou l’autre forme d’art, il y avait des moments magiques » souligne-t-elle. Mais parce qu’elle pratique la danse depuis 25 ans, c’est tout de même vers celle-ci que son cœur penche en tant que souffleuse. « Dans le rapport à l’espace, au corps, la danse m’aide beaucoup dans ma photographie et dans mon écriture ».

Pour Jonathan, l’histoire avec Souffleurs de sens commence en 2009. Sa mère connaissait l’association. « On faisait des sorties de groupes au théâtre et j’ai remarqué qu’il y avait des souffleurs artistiques ». Il a bénéficié de ce service à ses débuts.

Une amitié née autour de la poésie

C’est lors d’une représentation de la pièce « Les larmes d’Œdipe » de Wajdi Mouawad, au Théâtre de la Colline à Paris, qu’ils se sont rencontrés, en 2017. Caroline soufflait la représentation à Jonathan. « Je me souviens qu’il a improvisé oralement un très beau poème qui m’a touchée ». Et Jonathan d’ajouter : « Très naturellement, quatre vers me sont venus à l’esprit, et je les ai déclamés à Caroline ». Quelques temps après, ils ont pu présenter les Souffleurs d’Images sur Radio Classique, émission enregistrée au Musée d’Orsay. L’interview terminée, c’est en déambulant dans le Musée que Jonathan indique à Caroline avoir un projet de scène poétique ouverte à toutes et tous, au sein de l’association Universlam. Le début d’une belle amitié autour de la poésie. « On se retrouve parfois le week-end pour bruncher ensemble et nous échanger nos poèmes. Jonathan a une poésie totalement à part ».

Un nouveau souffle personnel et créatif

Nos deux artistes l’affirment : « A chaque fois qu’on se voit c’est particulier ». Chacun, chacune fait découvrir à l’autre son univers. Jonathan partage sa sensibilité musicale à Caroline lors de concerts de musique du monde, de jazz, ou encore de guitare espagnole baroque. A l’inverse, c’est sa passion du cinéma que Caroline partage avec son ami.

Leur vision des Souffleurs d’Images ? Un nouveau souffle dans la vie de Caroline, en particulier sa rencontre avec Jonathan. « Je bloquais dans ma vie à ce moment-là et voir Jonathan offrir sa poésie, ça m’a redonné une énergie artistique et personnelle ».  D’ailleurs, pour elle, la plus grande qualité pour souffler est l’écoute de l’autre. Le souffleur est donc le premier qui écoute.

Un paradoxe ? « Sans doute ! Il faut en effet écouter les envies de l’interlocuteur. Suivant ses goûts, ses attentes, ses envies, on ne présente pas l’œuvre de la même façon. Dans tous les cas, être exhaustif ne serait pas très intéressant ». L’envie de transmettre aussi. Pour Jonathan, en tant que bénéficiaire, les Souffleurs d’Images est essentiel pour appréhender l’œuvre. « Cela me permet de m’y plonger. Je me souviens d’une exposition au Louvre avec des peintures de la collection de François 1er. La personne qui me soufflait m’évoquait certains motifs représentés. Pour me représenter les proportions, elle se servait de la taille de ma canne comme mesure, c’était très astucieux ! ». 

S’il recommanderait les Souffleurs d’Images ? « Tout à fait, car c’est une belle expérience, et de belles rencontres, comme avec Caroline. Ou tout simplement passer une bonne soirée avec des souffleurs et souffleuses très sympathiques ».