Gérard, ancien bénéficiaire et bénévole dans une épicerie du réseau ANDES

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Vieux loup de mer, il a parcouru le monde en exerçant son métier de cuisinier. Tombé peu à peu dans la précarité à cause de problèmes de santé, il est devenu client bénéficiaire de l’Espace Coup de Pouce, une épicerie solidaire du réseau d’ANDES à Briec (Finistère). Avant de retrouver les fourneaux, et cette fois-ci de cultiver son talent et son insatiable envie d’agir au service des autres. Découvrez la longue épopée de Gérard, aujourd’hui bénévole de l’épicerie solidaire.

Un cuisinier aux mille voyages

Originaire de Rennes, Gérard tombe très tôt dans le monde de la gastronomie. A 14 ans, il y fait ses premiers pas : « J’ai commencé mon apprentissage en cuisine en 1970. 3 ans plus tard, je passais mon CAP. » Il finit d’ailleurs 2ème du département d’Ille-Et-Vilaine. Il reste en Bretagne, dans les Côtes-d’Armor, pendant quelques années pour se forger une première expérience en tant que cuisinier.

En 1974, il part à l’armée. « D’abord, j’étais à la base militaire de Brest. Puis on m’a affecté sur l’ancien porte-avion Le Clémenceau. J’étais assigné aux fourneaux des officiers supérieurs et de l’amiral. Lors de nos escales, je faisais la cuisine pour les ambassadeurs, les Présidents des pays où nous nous rendions ». Le début d’une grande aventure à travers le monde. Car cet irrésistible goût du voyage ne quittera plus Gérard.

« Quand j’ai quitté l’armée, je suis parti m’installer à Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français au large des côtes canadiennes. J’ai passé un an et demi sur un bateau de pêche. » Un autre rythme de vie pour Gérard, qui une nouvelle fois ne résiste pas à l’appel du changement. « Ensuite, j’ai rejoint le Canada, pour habiter à Trois-Rivières. » Dans cette petite ville du Québec, il change une nouvelle fois d’univers, mais reste toujours à l’écoute de l’appel du large. « J’étais chef de brigade sur un bateau de croisière, et responsable de la table du commandant. ».

C’est à contrecœur que Gérard revient en Bretagne, après 4 ans passés au Canada. Il travaille au restaurant La Troïka, où il apprend la cuisine russe. Il rejoint Paris pour ouvrir, pour la première fois, son propre établissement, près des Halles. « Je devais être à 80 couverts le midi. J’ai reçu des personnalités comme Lino Ventura, le groupe musical Les Charlots, Claude Brasseur… Le bouche-à-oreille marchait bien ! » Mais il ne reste que deux ans à Paris pour des raisons familiales. « J’ai tout lâché, je suis revenu à Rennes. » Gérard enchaine alors diverses expériences : il essaye de monter un restaurant-discothèque, travaille au Casino de La Baule, à Port-Manec’h dans le Finistère, puis dans une colonie de vacances en Normandie, avant d’ouvrir un restaurant.

 

Des problèmes de santé, la précarité… Mais toujours se relever

Mais un jour, tout bascule. Il est retrouvé dans la chambre froide, inanimé. « Je suis resté 8 jours dans le coma. La médecine du travail m’a alors interdit de continuer le travail en cuisine. » Le début d’une longue et difficile période pour Gérard. Il se reconvertit dans plusieurs emplois en intérim. Il est arrêté et reçoit une allocation handicap. Mais Gérard n’a pas perdu ses envies d’agir, bien au contraire. « Ça a été très dur à cette époque. J’en avais marre de rester à ne rien faire. Je suis parti à Nantes où j’ai retrouvé un emploi. » Les petits boulots en intérim s‘enchaînent à nouveau, et c’est alors qu’il atterrit à Briec. Les problèmes de santé le rattrapent à nouveau et des crises cardiaques régulières se déclenchent.

Gérard n’abandonne pas et cherche cette fois-ci à se reconvertir dans l’informatique. Mais le couperet tombe : il est déclaré invalide. « A ce moment-là, je me suis résigné, et je me suis dit : c’est terminé. » Nous sommes en 2002. Gérard a alors 45 ans, et tombe dans la précarité.

« A ce moment-là, guidé par une assistante sociale du département, j’ai sollicité des aides alimentaires. Ce fut un moment très dur. Personne n’est à l’abri d’un souci de santé, de perdre son emploi… Devenir bénéficiaire, ça peut arriver à tout le monde. » A l’époque, le service d’aide alimentaire, situé au centre communal d’action sociale de Briec (CCAS), proposait uniquement des colis. « On a été aidés pendant 6 mois avec ma femme, on a réussi à s’en sortir. » Et l’idée de rendre la pareille n’a pas traîné dans l’esprit de Gérard.

Le cœur sur la main, la main tendue vers les autres

Immédiatement, il se porte volontaire pour devenir bénévole au CCAS. Avec Christelle, la responsable, et le reste des bénévoles, le service d’aide alimentaire va se transformer peu à peu pour devenir Epicerie sociale. Des ateliers, jardinage, moments d’échanges sont également proposés… L’Espace Coup de Pouce nait et devient un véritable lieu d’insertion des personnes en situation de précarité. « Quand on touche le fond, c’est dur de se remettre en question. Il faut être entouré de personnes assez sensibles pour écouter. J’avais eu l’occasion de croiser cette forme d’aide à une époque, c’est ce que je voulais recréer ici. C’est ce que je veux recréer ici, à l’épicerie : aider les bénéficiaires à se confier, sans les brusquer. Leur faire comprendre qu’on peut s’en sortir ! »

 

 

Gérard est pleinement investi dans l’organisation de l’établissement. « Dès qu’on arrive à l’épicerie, on décharge, on enregistre les produits et on les range, en commençant par les surgelés. » Il trie, organise, vend, s’occupe du jardin, virevolte entre l’Intermarché qui donne beaucoup de denrées, et l’épicerie, grâce à sa camionnette. Ses efforts au service des autres, Gérard ne les compte pas. « Le mardi, le jeudi, le vendredi, j’aide à l’épicerie ou au jardin. En fait, non, j’y suis tout le temps ! ». Ce qui lui permet, comme il le souhaitait depuis son passage en tant que client bénéficiaire, d’être présent pour offrir un lieu d’échanges. Et d’une certaine manière, il continue à parcourir le globe : « Parfois ils me parlent de leur histoire, des pays qu’ils ont traversés. Parfois, c’est moi qui leur parle de ce que j’ai vécu. J’essaye de les mettre en confiance, de leur dire que c’est surmontable. »

A l’épicerie, il peut enfin retrouver son amour de jeunesse : la gastronomie. Jusqu’au début de la crise sanitaire, il proposait aux client·e·s bénéficiaires d’apprendre à cuisiner des petits plats. « Et dès qu’on pourra, on reprendra ! ». En attendant, comme toujours, les projets à lancer ne manquent pas pour Gérard. Le prochain ? « On va essayer de se procurer quelques ordinateurs. On veut que les personnes isolées puissent aussi apprendre à en utiliser. » Avec lui, les client·e·s bénéficiaires sont définitivement entre de bonnes mains.

 

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