Santé mentale des personnes exilées : zoom sur le CAPSE dans l’Essonne

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Ce 10 octobre marque la Journée mondiale de la santé mentale. Personnes en situation de handicap, jeunes aux parcours chaotiques… La santé mentale touche les plus exclu·e·s, notamment les personnes en situation d’exil. Début 2021 ouvrait à Ris-Orangis le Centre d’accompagnement psychosocial pour les personnes exilées – CAPSE, projet mis en œuvre par les associations Le chêne et l’hibiscus et le GROUPE SOS dans le département de l’Essonne. Retour sur la journée portes ouvertes organisée par le CAPSE le 8 octobre dans le cadre de cette Journée mondiale. L’occasion d’établir un retour d’expérience de ces premiers mois, aux côtés des partenaires de l’établissement.

En 2018 et 2019, la CIMADE organisait des journées de réflexion autour de l’état des lieux en santé mentale des migrants dans le département de l’Essonne. « Ce département était celui qui comptait le moins de Centres médico-psychosociaux en Ile-de-France et le moins de ressources parmi les professionnels. En outre, Paris était saturé de demandes de prises en charge et devait être désengorgé » explique Pauline Menaut, de l’équipe coordinatrice du projet. A la suite de ce constat, le GROUPE SOS et son partenaire Le Chêne et l’hibiscus ont décidé d’agir en ouvrant le CAPSE en janvier 2021, d’abord hors les murs puis in situ à partir de juin. Composé d’une équipe administrative et de 3 psychologues, il propose un accompagnement thérapeutique concernant des pathologies mentales. A terme, la structure entend aussi devenir un véritable centre ressource pour former les professionnels intervenant auprès des personnes migrantes.

Un accompagnement quelle que soit la situation administrative

Le CAPSE accompagne des adultes en situation d’exil, c’est à dire tous statuts administratifs confondus. Si les demandeurs et demandeuses d’asile sont majoritaires, 12% sont sans statut. L’accueil y est inconditionnel, le seul critère est d’être hébergé·e en Essonne. De janvier à septembre 2021, 136 demandes d’orientation ont été adressées à l’établissement, dont 88 admissions. 50 personnes constituent la file active actuellement. « Ces personnes sont en situation de souffrance psychique dûe à leur parcours migratoire, mais certaines pathologies latentes avant le départ font surface à leur arrivée en France » explique Pauline Menaut. Et parmi ces personnes, de plus en plus de femmes, seules ou avec enfant note Hanaë El Bakkali, directrice du Chêne et L’hibiscus et intervenant durant cette journée. « Nous travaillons avec trois associations locales pour accompagner les femmes victimes de violences. C’est un nouveau public que l’on rencontre. Auparavant, on avait surtout des hommes isolés, jeunes ». « Nos patientes sont heureuses d’avoir un lieu pérenne, de confiance. Cela fait du CAPSE un véritable lieu pour reprendre confiance » remarque Jean-Marc Bernardini, président et co-fondateur du Chêne et l’hibiscus.

De 20h au lancement du dispositif, l’équipe du CAPSE propose désormais 34h de consultations individuelles.

Pathologies mentales, de quoi parle-t-on ?

La plupart des personnes exilées rencontrées présentent des syndromes post-traumatiques liés à leur parcours migratoire. Fatigues chroniques, troubles du sommeil, difficultés à se projeter… Si l’exil et le déracinement qu’il engendre en est souvent la cause, ces troubles peuvent aussi se conjuguer avec d’autres pathologies présentes dans leur pays d’origine. « Dans certains pays, le schéma d’accompagnement psychologique est inexistant. Les troubles restent cantonnés à la sphère familiale par exemple, on ne va pas aller voir un psychologue. A leur arrivée en France, on observe alors un phénomène de décompensation. C’est aussi face à ces situations-là que nous devons répondre » remarque Hanaë El Bakkali. Et même lorsqu’une situation administrative se stabilise, par exemple chez les demandeurs d’asile, certains patients gardent tout de même des difficultés à se projeter dans leur vie en France.

L’art thérapie : laisser le corps prendre le relais des mots

En plus de l’accompagnement individuel proposé, des activités collectives d’art thérapie seront proposées dès la fin octobre pour 5 à 6 bénéficiaires, et plus précisément de « drama thérapie » (activités de théâtre à visée thérapeutique). Hanaë El Bakkali poursuit :  » L’art thérapie a largement fait ses preuves. Très peu de mots sont nécessaires pour s’exprimer, on a juste besoin de son corps. C’est très utile par exemple pour des personnes qui ont du mal à trouver les mots sur ce qu’ils ressentent ». Pour Pauline Menaut, l’idée à terme est d’ouvrir ces alternatives thérapeutiques aux mineurs non-accompagnés.

Luttons contre les clichés et la stigmatisation

La stigmatisation dont souffrent les personnes exilées sujettes à des troubles psychiques est le résultat d’idées reçues et de fausses croyances sur la santé mentale en général. Elle entraîne une discrimination et une exclusion dans des domaines variés (milieu familial, amical, professionnel…). Le CAPSE lutte contre toute forme de préjugés pour que chaque patient puisse trouver sa place dans la société.

Penser autant l’accompagnement du bénéficiaire que celui du professionnel

En complément de l’accompagnement psychosocial proposé aux bénéficiaires, le CAPSE propose un accompagnement des professionnels en contact avec le public migrant. Les professionnels, comme les travailleurs sociaux par exemple, sont parfois démunis devant certaines situations. En plus des problématiques psychiques peut se rajouter la barrière de la langue.  « On ne veut pas être une structure parallèle de l’accompagnement administratif, mais plutôt une passerelle pour orienter les personnes vers le droit commun » note Pauline Menaut.

Un établissement ancré sur son territoire

Si le projet CAPSE est l’aboutissement d’un partenariat étroit entre le Chêne et l’hibiscus et le GROUPE SOS, c’est avec l’ensemble des acteurs associatifs et publics que l’établissement développe ses actions au quotidien, à l’image des personnes présentes ce vendredi : élu de la ville de Ris-Orangis, travailleurs sociaux de l’Armée du Salut, association œuvrant à la prévention en santé sexuelle auprès des migrants… Une journée illustrant la volonté du CAPSE de s’inscrire toujours plus dans le territoire de l’Essonne et de renforcer la collaboration avec les partenaires du GROUPE SOS.

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