Témoignage de Lisa, victime de violences conjugales

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Aujourd’hui marque la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. En 2021, près de 600 femmes victimes de violences ont été accompagnées dans nos dispositifs spécifiques ou généralistes. Lisa (nom d’emprunt) est accompagnée par le Centre d’hébergement d’urgence (CHU) Familles Parenthèse, à Marseille. Voici son témoignage.

« Je m’appelle Lisa, j’ai 22 ans, un fils de 10 mois et suis enceinte de 7 mois. Je veux témoigner pour aider les femmes qui vivent des violences et qui n’ont pas encore osé partir de chez elles ».

« Je me souviens du premier coup de mon conjoint. J’étais enceinte de mon premier enfant. Il m’a donné une première gifle, puis les coups ont été de plus en plus réguliers et violents dans les mois qui ont suivi. Il m’a cassé plusieurs dents. Il me sous-estimait, me rabaissait. Je ne disais rien car je ne voulais pas lui donner le plaisir de voir qu’il me blessait. »

« Je n’avais pas le droit de sortir de la chambre, j’étais enfermée. Il m’a isolée de tout, même de ma famille. Je n’avais pas le droit d’aller sur les réseaux sociaux, d’écouter de la musique. Il m’a cassé le nez et j’ai été opérée aux urgences. Il m’a accompagnée à l’hôpital. Ce moment a été pour moi la première prise de conscience, qui m’a poussée à reprendre contact avec ma mère. »

« A cette époque je n’étais encore jamais partie de chez moi. J’avais des hématomes partout. J’attendais que la crise de violence passe, puis j’allais constater les blessures devant la glace. »

« Un jour, il m’a défigurée à force de me frapper. Je suis partie chez ma mère et ai porté plainte. Il m’a ensuite demandé pardon et je suis revenue quelques jours plus tard chez lui. J’ai annulé ma plainte en disant que j’avais tout inventé. Mais le service social a demandé une enquête de la Protection de l’enfance. J’étais amoureuse. Je suis partie et revenue plusieurs fois. Il y avait des excuses, des mots doux, des « je t’aime ». Je revenais, pardonnais, puis les coups et les insultes revenaient. Je n’avais plus personne à qui parler. Je ne me suis pas rendue compte tout de suite du côté anormal de la situation. Mais j’étais sous son emprise et me disais que tout pouvait encore changer. »

« Et puis il y a eu le coup de trop, il y a un mois. Là, je me suis dit que je devais partir définitivement, pour protéger mes enfants. Je me suis demandé pourquoi il fallait que je subisse tout ça. Ce jour-là, il n’était pas à la maison. Il m’avait menacée avant de partir à son rendez-vous médical. Pendant ce temps, je me suis échappée avec mon fils et enceinte de six mois. Je suis partie chez une amie qui m’a accueillie deux jours. Puis j’ai rejoint un hébergement d’urgence et, 15 jours plus tard, j’ai obtenu une place au CHU Familles. »

« C’est difficile de quitter un conjoint violent car on veut tellement que les choses marchent, que tout peut s’arranger qu’on en est aveuglée. Je culpabilise de lui avoir enlevé son enfant mais je sais que c’était la seule solution. Il essaie encore aujourd’hui de reprendre contact avec moi, il me promet de changer mais je sais que tout redeviendra comme avant. J’ai eu peur de mourir sous ses coups. Je me suis sentie partir, sans pouvoir me relever. C’est ce qui s’est passé quand j’ai pris la décision de quitter le foyer familial. »

« J’ai beaucoup été aidée par les témoignages que j’ai lus. Je m’y retrouvais. Je ne me voile pas la face. Je l’aime toujours. Mais il faut vraiment se dire que quand on a décidé de partir, il ne faut pas revenir en arrière. Ce que je veux dire aux jeunes femmes qui ne sont pas encore parties ? Ne perdez pas votre temps à croire que votre conjoint violent va changer tout seul. Il faut fuir. Votre conjoint recommencera tant qu’il n’a pas été soigné. Avant de le connaître, j’étais toujours souriante, j’avais une joie de vivre, je travaillais, aimais sortir. Puis j’ai perdu confiance en moi et je me sens triste. Je préfère ne pas répondre à ses messages car je sais qu’il va tout faire pour me convaincre de son amour. Même quand il y avait sa famille, je devais rester enfermée dans ma chambre. Je n’avais pas le droit d’avoir de contact avec sa mère ou son père. Ils étaient témoins de des violences, entendaient les coups mais avaient eux-mêmes peur de leur fils. Ils étaient au courant de tout mais fermaient les yeux.»

« Ce sont mes enfants qui me donnent la force d’aller plus loin, de reprendre pied. Mon fils n’est pas là pour souffrir. Je veux avoir ma maison, être stable, me réinsérer professionnellement. Une vie simple : ma maison, ma famille et mon travail. Je rêve de travailler dans la pâtisserie. Il m’empêchait de suivre une  formation, de travailler. Je souhaite préserver mes enfants. Quand ils seront en âge de comprendre, je leur expliquerai que nous nous sommes séparés car ça ne marchait plus entre leur papa et moi. Mais je ne veux pas qu’ils soient au courant de la violence, pour éviter de blesser leur cœur. »

> En savoir plus sur nos dispositifs pour protéger les femmes victimes de violences

> Retrouvez également le témoignage de Lisa sur le site internet de France 3 édition PACA et dans l’édition du 12-13 du 25 novembre

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