Découvrez les 1ers résultats de l’étude sur l’insertion socio-professionnelle des réfugiés

Accueil / Actus / juin 2022

Le Groupe SOS, groupe associatif leader de l’entrepreneuriat social en Europe, présente les premiers résultats de son étude sur l’insertion socio-professionnelle des réfugiés, notamment ukrainiens, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés.

Objectif : améliorer la connaissance des parcours des réfugiés, et ainsi identifier leurs besoins en matière d’accompagnement socio-professionnel. Près de 500 réfugiés ont participé à cette étude, qui va se prolonger les prochains mois pour permettre au plus grand nombre d’y participer.

Une étude indispensable

Les personnes accueillies le sont dans l’urgence, ce qui ne permet pas toujours de bien connaître les besoins spécifiques d’accompagnement vers l’emploi. En France, ce sont près de 59 337 déplacés qui ont été recensés à l’entrée du territoire national par la police aux frontières (PAF) entre le 24 février et le 9 juin 2022, dont 98% de ressortissants ukrainiens[1]. Près de 3000 d’entre elles et eux ont été accueillies au sein des structures du Groupe SOS.

La guerre en Ukraine a suscité une grande solidarité de la part des citoyens, mais également des entreprises, qui se sont engagées pour former et employer les réfugiés ukrainiens. Le nombre de postes à pourvoir est important et les candidats peu nombreux et nombreuses. Les réfugiés sont une véritable ressource et peuvent répondre à ces attentes. En Ile-de-France, il y a actuellement plus de 530 000 projets de recrutement[2], dont 45,4% avec des difficultés pour recruter. En Provence-Alpes-Côte d’azur, ce sont plus de 290 000 projets de recrutement[3] dont 58,8% avec des difficultés de recrutement. Parmi les métiers en tension[4], les exploitants d’équipements sportifs et culturels, les couvreurs, ou encore les aides à domicile.

Suite à cet engouement, le Groupe SOS a souhaité lancer une étude en collaboration avec les réfugié.es accueillies et les professionnelles de terrain, pour mieux connaître les profils des personnes placées sous protection temporaire (ici les ukrainiens), des réfugiés venus d’autres pays, leurs compétences, et ainsi connaître les besoins spécifiques d’accompagnement vers l’emploi.

La méthodologie

L’étude est menée en plusieurs étapes. Les résultats temporaires présentent le diagnostic des profils des réfugiés, leur parcours, leurs niveaux de qualification, et les freins rencontrés et besoins en accompagnement. Un questionnaire « flash » de 30 questions a été ouvert du 18 mai au 8 juin 2022. Les personnes placées sous protection temporaire (réfugiés ukrainiens) ou protection internationale (venus d’autres pays) ont ainsi pu répondre à des questions sur leur modalité d’accueil ; leur parcours migratoire et administratif ; leurs données sociodémographiques ; la situation et aspiration professionnelle et les conditions à réunir pour accéder à l’emploi. Le questionnaire a été soumis en plusieurs langues : français, anglais, ukrainien et russe. Il a été déployé en priorité dans les dispositifs d’accueil de réfugiés ukrainiens, et continue de se déployer auprès des réfugiés de droit commun, ainsi qu’auprès de nos partenaires, pour avoir un plus grand panel de répondants.

Les résultats

Le questionnaire a été envoyé à plus de 1500 réfugié.es. Près de 500 personnes y ont répondu, un nombre statistiquement représentatif des réfugiés accueillis par les structures sociales du Groupe SOS. Une majorité de répondants (67%) sont bénéficiaires de la protection temporaire (Ukrainiens) et ont entre 30 et 40 ans. 45% ont un enfant et 65% sont en couple. Côté formation et éducation, il est à noter qu’une majorité disposent de diplômes élevés. Une analyse des métiers exercés par les répondants amène à constater que les cadres et les professions intellectuelles supérieures (41%) sont significativement plus représentés que les ouvriers (7%). Lorsque la recherche d’emploi est évoquée, 68% d’entre eux souhaitent obtenir un CDI en France. De plus, seulement 24% déclarent maîtriser le français (91% sont russophones).

La majorité des personnes placées sous protection temporaire sont des femmes (70%) dont 75,3% sont accompagnées d’un enfant et plus. 93% des ukrainiens accompagnés par les structures sociales souhaitent rester en France. Cependant, la barrière de la langue (seules 15,5% d’entre elles parlent Français), entre autres, les empêchent de se projeter et de faire les démarches nécessaires. (79,9% le déclarent comme un frein). Les hommes bénéficiant de la protection temporaire, globalement minoritaires, sont généralement des personnes âgées ou en situation de handicap.

A contrario, une majorité des bénéficiaires de la protection internationale (ayant un statut de réfugié ou un statut de protection subsidiaire) sont des hommes (81%), ont entre 20 et 30 ans (65%), et sont célibataires à 71%. Concernant le niveau de diplôme, très peu sont diplômés de l’enseignement supérieur universitaire. Seuls 11% d’entre eux sont cadres ou de professions intellectuelles supérieures. 89% d’entre eux souhaitent obtenir un CDI.

Les bénéficiaires de la protection temporaire (Ukrainiens) et les bénéficiaires de la protection internationale(statut réfugié ou protection subsidiaire) se distinguent par différentes caractéristiques socio-démographiques comme le genre ou la situation familiale, mais aussi par leur niveau de qualification et les compétences professionnelles. En moyenne, les bénéficiaires de la protection temporaire (Ukrainiens) sont davantage qualifiés (55,% ont un diplôme égal ou supérieur à la licence), que les bénéficiaires de la protection internationale (41,2% sont sans diplôme). Si l’accès à l’emploi est une priorité absolue pour les deux cibles, le type de statut de protection obtenu semble jouer un rôle sur le type de contrat visé en France. Les répondants dont le statut autorise une durée de droit de séjour indéterminée sont plus nombreux à viser des contrats garantissant une certaine stabilité tels que le CDD ou le CDI. Les bénéficiaires de la protection temporaire dont la durée du droit de séjour est à priori déterminée, sont en moyenne plus intéressés par l’entrepreneuriat ou le statut d’indépendant (22%).

Freins périphériques à l’emploi et besoins en accompagnement

Les trois principaux besoins d’accompagnement remontés par tous les participants confondus concernent la connaissance du marché du travail en France (pour 61%), la traduction/rédaction de CV et lettres de motivation (pour 52%) et la mise en relation directe avec des employeurs (pour 46%).

De plus, les freins à l’insertion professionnelle des publics réfugiés sont multiples. Le premier réside dans la non-maîtrise du français. Le besoin en apprentissage est considérable, et la quantité et la qualité des formations proposées semblent largement insuffisantes. Les personnes bénéficiant d’une protection temporaire (ici les ukraniens), généralement qualifiés, font également face à la complexité/rigidité du système d’équivalence des diplômes et de validation des compétences qui induisent souvent un déclassement professionnel et social.

Les personnes bénéficiant de la protection internationale(autres nationalités) font face à différents freins que les personnes bénéficiant de la protection temporaire (Ukrainiens) :

  • La précarité numérique, qui rend difficile les démarches administratives, est nettement plus marquée chez les personnes bénéficiant de la protection internationale,, qui disposent souvent de smartphones, d’ordinateurs personnels et d’accès à une connexion internet dans leurs hôtels d’accueil ou via les forfaits téléphoniques offerts par des opérateurs téléphoniques ;
  • La garde des enfants, avec des places en crèches limitées et difficilement accessibles sans contrat de travail. Les ukrainiens bénéficient à l’inverse, dans certaines municipalités de places à disposition ;
  • Un état de santé dégradé, affectant leur aptitude à travailler, lié notamment à des conditions d’exil plus complexes et longues que pour les bénéficiaires de la protection temporaire (Ukrainiens) ;
  • Des procédures administratives complexes et longues, tandis que les bénéficiaires de la protection temporaire (Ukrainiens) bénéficient de dispositifs simplifiés et accélérés et de guichets spéciaux pour faciliter leur prise en charge en Préfectures ou à Pôle Emploi ;

 

Cette étude révèle qu’il y a nécessité d’élever la prise en charge des bénéficiaires de la protection internationale au même niveau que celle des bénéficiaires de la protection temporaire. Il faut également former et sensibiliser l’ensemble des parties-prenantes de l’accompagnement des réfugié.es et créer des liens entre elles. Il est indispensable d’accompagner les mobilités géographiques lorsque celles-ci sont nécessaires, mais aussi embarquer les entreprises et communiquer sur les dispositifs d’insertion des réfugiés existants.

Un job dating pour les réfugiés

Si l’étude est toujours en cours, les tendances et constats vont permettre d’avancer sur la phase de travail suivante. Les prochaines semaines seront en effet consacrées à un travail commun avec les travailleurs et travailleuses sociales, les associations, les partenaires et les entreprises, pour analyser les postes en tension et/ou facilement accessibles. L’occasion aussi d’établir les besoins en accompagnement pour les entreprises qui souhaitent s’investir dans l’emploi des réfugiés.

Le questionnaire reste à disposition des réfugiés, qui pourront y répondre tout l’été, avec l’aide au besoin des personnes qui les accompagnent. Le Groupe SOS souhaite atteindre 5000 répondants au total. L’étude complète sera révélée à la rentrée, avec les chiffres consolidés.

Le Groupe SOS organisera un job dating géant à destination des réfugiés d’ici la fin de l’année. Objectif : pouvoir accompagner vers l’emploi les réfugiés et permettre aux entreprises de recruter en lien avec des compétences disponibles, sur des postes actuellement non pourvus.

La synthèse de l’étude temporaire est disponible en téléchargement ici.

 

 

[1] Source : Ministère de l’Intérieur, 2022

[2] Source : Pôle Emploi, BMO 2022

[3] Id.

[4] Pôle Emploi

Facebook
Twitter
LinkedIn