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« Le dialogue social a sa raison d'être quand la direction a de l'intérêt pour ça »

mai 2020

Au quotidien, nos équipes se mobilisent pour maintenir la qualité de vie dans nos établissements. Céline Caumel, aide médico-psychologique au FAM Maraîchers à Paris, nous dévoile son quotidien pendant la période de confinement.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

celine caumel« Je m’appelle Céline Caumel, cela fait bientôt 3 ans que je travaille au Foyer d’accueil médicalisé (FAM) Maraichers (Paris 20ème). Je suis aide médico-psychologique (AMP),  et j’exerce ce métier que j’aime beaucoup depuis 22 ans. J’ai travaillé, accompagné des usagers avec divers  handicap : mental, physique, Alzheimer, autisme, enfants, sourds et muets. C’est la première fois que je travaille pour une structure qui accueille uniquement des personnes en situation de handicap psychique. Cet établissement est une vraie innovation, car ailleurs, quand ce public est mélangé avec un autre, il a malheureusement tendance à passer au second plan. Nous hébergeons 56 résidents, âgés de 45 ans  et plus,  qui présentent des handicaps psychiques divers : schizophrénie, psychoses, psychoses infantiles, troubles associés, troubles de l’humeur… Certains sont également sujets aux addictions (médicamenteuses, alcool, tabac…). »

Comment vous êtes-vous organisés avec l’arrivée du Covid 19 ?

« Nous avons la chance de disposer d’un bâtiment très récent (ouverture en 2015), grand, avec de l’espace. Il y a 4 étages et 14 résidents par étage. Nous avons dû quand même réorganiser une multitude de choses avec la crise sanitaire. Les repas sont désormais séparés en deux services pour limiter le nombre de résidents présents en même temps dans la salle. Nous avons modifié l’agencement des espaces, poussé les fauteuils pour que la distanciation physique puisse être facilement respectée. Au début du confinement, avec l’absence des salariés qui devaient garder leurs enfants et ceux qui risquaient des conséquences graves s’ils contractaient le virus, il a fallu faire venir beaucoup de remplaçants. L’engagement de tous a été impressionnant. Néanmoins la fatigue des salariés qui sont sur le terrain depuis le début des mesures mises en places se fait ressentir. Il faut faire respecter le confinement dans notre vie professionnelle, et on vit aussi le confinement dans notre vie personnelle. Ça fait beaucoup de contraintes… L’équipe de cadres et les Infirmier.e.s Diplomé.e.s d’Etat (IDE) ont été formidables. Nous avons bien été formés sur la façon de s’équiper, sur le respect des mesures barrières… Des réunions de coordination chaque matin, sur les unités de vie, nous ont permis de trouver des solutions, au fur et à mesure que se présentaient des tensions ou des majorations de troubles liés au confinement. »

Comment se déroule le dialogue social dans ces conditions ?

« Je suis secrétaire du Comité social et économique (CSE) du pôle handicap région Nord de GROUPE SOS Solidarités. Depuis le 18 mars nous nous réunissons en visioconférence chaque semaine, nous innovons ! C’est contraignant mais c’est surtout enrichissant et rassurant. Nous découvrons la situation des autres établissements et la façon dont ils répondent aux problèmes qu’ils rencontrent. Nous recevons beaucoup d’informations. Nous pouvons aborder les questions que nous avons préparées avec les élus en amont. Toutes les réponses ont été apportées au fur et à mesure par la direction malgré le contexte difficile lié à cette crise sanitaire. Le dialogue social a sa raison d’être quand la direction a de l’intérêt pour ça. Cela semble être le cas. »

Comment les résidents vivent ce confinement ?

residents« Nous avons dû encadrer les sorties des résidents. Les sorties sont importantes pour eux. Ils ont des liens avec le quartier (avec bon nombre de commerçants par exemple), ils ont leurs habitudes… C’était très difficile de leur faire comprendre qu’ils ne pouvaient plus sortir aussi facilement. Nous avons tous passé du temps à le leur expliquer. Mais il y avait de la tension. Quand ils sont sortis la première fois pendant le confinement et qu’ils ont vu d’eux-mêmes que tout était fermé, ils ont mieux compris. Ils peuvent sortir au moins une fois par semaine, accompagnés par un membre de l’équipe car tous ne sauraient pas gérer les contrôles de police. Certains boivent de l’alcool. Nous avons décidé en lien avec un spécialiste des addictions de leur donner la possibilité de consommer en petites quantités de façon contrôlée et cadrée par l’équipe. Du coup ils boivent moins qu’en temps normal, leur consommation est mieux maîtrisée. C’est un aspect positif de ce confinement. On a avancé avec les contraintes en essayant de mettre un peu de souplesse là où c’était possible. Le confinement se fait en chambre s’il y a des symptômes. Nous avons eu un cas de COVID pour un résident, sur l’unité de vie où je travaille. Je suis aussi tombée malade et j’ai été absente trois semaines. Nous allons bien tous les deux. »

Les visites sont limitées ?

« Oui bien sûr. Les intervenants extérieurs, ami(e)s ou familles ne viennent plus. Nous avons dû faire preuve d’imagination. Les activités sont individualisées au maximum, elles ont lieu aussi par petits groupes (entre 2 et 4 personnes) : jeux de société, quizz musicaux, cuisine thérapeutique (pâtisserie notamment), ateliers couture, ateliers mémoire, ping-pong, gym douce sur chaise, bien-être (bains de pied, soin de beauté, entretien cheveux…). Un don de tablettes a facilité l’organisation de moments d’échange avec les familles, elles permettent aussi des activités ludiques comme le karaoké par exemple… »

Pouvez-vous nous raconter votre journée type ?

gel.png« J’arrive au plus tôt à 7 h 30. Je pars au plus tard à 20 h 30. En ce moment la première chose que nous faisons à notre arrivée, c’est de prendre notre température. Je me change, je fais le point avec l’aide-soignante qui a fait la nuit, elle nous fait un topo. On aide les résidents à prendre leur petit-déjeuner. Nous prenons leur  température (le matin et le soir). Ensuite c’est la distribution des médicaments avec l’IDE. Puis on s’occupe de l’hygiène des locaux qui est évidement particulièrement importante dans ce contexte. On veille à l’approvisionnement de l’étage en eau, jus de fruits sucre, café… On aide les résidents pour les toilettes, les lessives, le rangement du linge…  Arrive l’heure du déjeuner, il y a donc deux services en ce moment. On prend le café avec eux après par petits groupes. Un temps de repos et un temps d’activités, sorties journalières dans l’après-midi le plus individuellement possible. En fin de journée on s’occupe du repas. Après le repas il y a un temps où ils peuvent discuter, entre eux, avec nous. Une fois par semaine, on fait aussi une réunion avec les résidents et les éducateurs pour rappeler les mesures barrières, donner les dernières informations des événements à venir et pour écouter les résidents et nous adapter autant que possible à leurs besoins. C’est important. »

 

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