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Adoption de la loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans : protection nécessaire ou mesure excessive ? 

29 janvier 2026 • ACTUALITÉS

Le gouvernement français a voté pour l’interdiction de l’accès aux réseaux sociaux aux personnes de moins de 15 ans, à partir du 1er septembre 2026. Appliquée en Australie et envisagée en France ainsi qu’au Royaume-Uni, la mesure divise les chercheur·euses : certains la jugent nécessaire face à une menace majeure pour la santé mentale, d’autres défendent une approche plus nuancée. Sur cette question, nous avons demandé son avis à André Sghinolfi, Directeur de Respect EMI – une association du Groupe SOS qui agit pour l’éducation aux médias et à l’information.

 

Quels sont les risques que présentent les réseaux sociaux pour les adolescent·es ?

L’idée d’interdire peut sembler intuitive : face à un danger, on supprime l’accès. Car les réseaux sociaux tels qu’ils sont conçus aujourd’hui exploitent, de fait, les besoins propres à l’adolescence en matière d’interactions et comparaisons sociales, de sensations et prise de risques, ainsi que de recherche de reconnaissance de leurs pairs. C’est un constat observé par l‘ANSES, qui vient de sortir un rapport qui synthétise plusieurs études depuis 5 ans, et qui confirme l’impact négatif des réseaux sociaux et des écrans à l’adolescence. 

Car il y a bien sûr le sujet crucial des addictions aux écrans dès le plus jeune âge. Mais ce qui nous concerne particulièrement en tant qu’association d’éducation aux médias, c’est le danger que représente l’usage des réseaux sociaux. Car les risques sont multiples. Les algorithmes ont tendance à renforcer la visibilité des discours extrémistes (idéologies politiques ou religieuses violentes, masculinisme) et peuvent manipuler et amener à des phénomènes d’emprise ou de radicalisation telles que des dérives sectaires ou des escroqueries. Les réseaux sociaux peuvent aussi exposer à des contenus portant sur des comportements à risques (troubles alimentaires, consommation de drogues, suicide…etc.) ; mais aussi à la cyberviolence et au cyberharcèlement, facilité par l’anonymat… Enfin, il peut engendrer et alimenter la dévalorisation de soi, particulièrement les jeunes filles, en raison d’une exposition plus forte aux contenus centrés sur l’apparence physique pouvant aggraver la dysmorphophobie. » (Pensée obsédante sur un défaut imaginaire ou une légère imperfection de l’apparence physique).

Mais l’ANSES rappelle aussi que ces risques ne concernent pas uniquement les adolescent·es : les stratégies économiques des plateformes – basées sur la captation de l’attention – affectent l’ensemble des utilisateur·ice·s, y compris les adultes. Ce qui questionne aujourd’hui autour des réseaux sociaux n’est pas qu’un problème d’âge : il y a un véritable enjeu démocratique. Peut-on laisser des entreprises privées – pour la plupart étrangères – dicter les contenus que nous consommons, à travers un modèle économique basé sur la création d’une addiction? 

Pourquoi l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans est-elle vaine ?

Une interdiction pure et dure des réseaux sociaux avant 15 ans me semble à la fois rétrograde et peu efficace, car c’est un espace communautaire devenu quotidien pour certain·e·s jeunes. C’est une habitude ancrée pour s’informer, pour faire lien, pour se divertir, y compris chez les moins de 15 ans. 

Les expériences étrangères montrent déjà les limites du dispositif : en Australie, de nombreux jeunes contournent l’interdiction, tandis que les géants du numérique exercent une pression constante pour assouplir les règles. 

C’est aussi une proposition de loi qui souligne l’impuissance et le manque d’ambition des pouvoirs publics à l’échelle nationale et européenne pour bâtir un contre-modèle européen inclusif et positif sur internet et les réseaux sociaux. 

Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont un canal d’information incontournable. Plus de la moitié des 17-25 ans s’informent sur les réseaux sociaux ! Et ce sont des interfaces où ils peuvent trouver beaucoup d’opportunités de décrypter le monde et de s’engager ! Dans un monde de plus en plus individualiste, les réseaux sociaux permettent aussi d’apprendre, de découvrir, de se construire à travers une communauté, de se forger ses propres convictions : ils y trouvent des causes à défendre, des espaces d’expression et de solidarité. Il ne faut pas négliger les risques, bien sûr, mais une simple interdiction reviendrait à renforcer leur isolement, creuser les inégalités numériques, les exposer brutalement à 16 ans à des plateformes qu’ils n’ont jamais appris à maîtriser. Or, aujourd’hui les réseaux sociaux permettent un accès facilité à l’information pour les jeunes, et de développer leur esprit critique. On y trouve d’ailleurs de nombreux médias indépendants, qui pour certains existent quasi uniquement grâce aux réseaux sociaux. « Hugo décrypte » est un rare exemple de média né sur les réseaux sociaux intéressants et interactifs, qui sait s’adresser aux jeunes mais surtout qui fonctionne ! Il faudrait encourager encore davantage ces modèles. 

Seulement interdire, ce serait uniquement punir, en fermant la porte d’un monde virtuel qui participe à notre construction. C’est aussi (et peut-être surtout) déplacer la responsabilité du problème vers les jeunes, alors que ce sont bien les entreprises qui conçoivent ces environnements addictifs. Interdire un produit jugé nocif sans accompagner celles et ceux qui le consomment et réguler ceux qui le fabriquent est donc une impasse. Le parallèle avec le tabac ou l’alcool est éclairant, toute proportion gardée. Si l’on juge les réseaux sociaux nocifs, l’interdiction aux mineurs ne suffit pas. Il faut partir du principe que comme en Australie, cette consommation existe et que dans le cas d’une interdiction, il y aura des détournements… 

Alors, vers quoi faudrait-il tendre ?

Je milite pour corréler une politique de régulation peut-être un peu moins caricaturale avec une véritable et ambitieuse politique éducative sur ces sujets, que ce soit auprès des publics jeunes mais aussi adultes, afin de préparer au mieux leur indépendance et leur esprit critique face aux plateformes.

Comme le dit Anne Cordier dans un article du Nouvel Obs, très présente médiatiquement sur ces sujets et fermement opposée à cette mesure, « ce dont nous avons besoin, c’est d’une vraie politique d’éducation au numérique, pour nos jeunes, pour les parents qui ont besoin d’être aidés pour accompagner les usages de leurs enfants. Mais aussi pour les enseignants (…). »

Ainsi, nous pensons que le combat à mener est ailleurs. Nous sommes convaincu·e·s qu’il est essentiel de renforcer l’éducation et la prévention auprès des jeunes, au sein de leurs différentes sphères d’évolution (à la maison, à l’école…etc.), mais aussi de réguler directement au niveau des technologies des plateformes : par exemple imposer un algorithme « éthique » en Europe, bannir les « dark patterns », ces interfaces qui pousser les utilisateur.ice.s à faire une action qu’ils n’auraient probablement pas choisie librement (des manipulations plus ou moins subtiles pour orienter les comportements), ou encore – soyons fous ! – soutenir la création d’un réseau social public européen, basé sur des normes éthiques strictes, dont le but premier ne serait pas la rentabilité, afin de concurrencer ces géants.

Chez Respect EMI, une de nos missions principales est d’outiller pour encourager et garantir cette utilisation éclairée des réseaux sociaux, en premier lieu chez les jeunes mais aussi plus largement. Car on le sait, on peut toutes et tous se faire avoir par des « fake news ». Parmi nos outils, pensés avec des chercheur·uses et expert·e·s , nous avons créé un guide « Bien s’informer à l’heure des réseaux sociaux ». Pensé comme un véritable module pédagogique, ce guide aborde des sujets variés tels que la vérification des faits, l’identification des biais, l’IA au service des fausses informations, mais aussi les buts de la manipulation en ligne. On y propose également une sélection de contenus fiables sur les différentes plateformes.

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