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Jeunes en difficulté : Avancer sans filet vers la vie d’adulte

26 mai 2024 • ACTUALITÉS

Si un jour vous vous promenez à Mantes-la-Jolie, ville sur les bords de Seine dans les Yvelines, vous passerez sans le remarquer à côté des 15 logements loués par le Service d’appartements éducatifs (SAE), disséminés dans la ville. Seul le passage régulier des éducateurs et éducatrices peut vous donner un indice. Plusieurs fois par semaine, ils rencontrent les locataires, des jeunes garçons et filles âgés de 16 à 21 ans. La spécificité ? Ils et elles préparent leur sortie des dispositifs d’Aide sociale à l’enfance.

(Les prénoms des jeunes ont été modifiés pour respecter leur anonymat)

Le passage à la vie d’adulte indépendant est un moment marquant dans nos vies. Mais cela peut devenir une véritable épreuve quand on n’a pas eu la chance d’avoir une enfance stable. C’est le cas des jeunes accueilli·e·s au sein du SAE, qui, en raison de conditions de vie précaires, de carences éducatives et de besoins fondamentaux non assurés, ont été un jour placé·e·s dans un établissement de l’Aide sociale à l’enfance.

À leur arrivée, les jeunes doivent définir un projet personnalisé. C’est justement le cas de Dâma, un jeune qui vient de rejoindre le SAE. Il a rendez-vous avec Hugo et Aurélie, son éducatrice référente. Réservé, il a du mal à exprimer ses objectifs. Mais la patience et la bienveillance des deux professionnel·le·s font effet. « Mon père a fini de construire sa maison au bled, il va bientôt quitter la France. Si mon père s’en va, je suis fini. Il faut qu’en sortant je puisse me débrouiller. Faut que j’avance ». Cette situation que le jeune homme de 17 ans doit affronter n’est malheureusement pas marginale dans le milieu de la protection de l’enfance. Pour la plupart des gens, la vie adulte est un saut dans le grand bain. Pour les jeunes du SAE, cela tient de l’exercice de funambule, sans harnais de sécurité.

Le SAE a notamment 5 places spécifiques pour les jeunes les plus en difficultés. « Pour ces places-là, on ne met aucune condition à l’entrée » explique Gérald, le directeur. Ce sont des jeunes qui multiplient les vulnérabilités.

Le SAE fait partie du Service d’accueil et de parcours yvelinois (SAPY), qui regroupe aussi 2 Maisons d’enfants à caractère social : la résidence Jean Vilar et la résidence Robert Vironneau, qui accompagnent des jeunes placé·e·s.

« L’un d’entre eux, Elhadj, était arrivé à 16 ans. Il avait connu 22 placements différents. Je ne sais pas si on peut comprendre à quel point cela peut impacter la confiance en soi, vis-à-vis des adultes et des institutions ! ». L’accompagnement est alors particulièrement marquant, même pour des équipes chevronnées comme celle du SAE. « Il pouvait avoir des réactions très violentes ». Un regard sur son passé que le jeune partage. « Au début, j’étais un jeune très compliqué, très renfermé. J’avais le sang chaud, j’en voulais beaucoup aux gens, aux institutions. On m’a laissé la chance de montrer que je pouvais évoluer, qu’on pouvait me faire confiance, que je pouvais avoir confiance en moi-même ».

Hasard du calendrier, nous sommes le vendredi 26 janvier, et c’est le dernier jour d’Elhadj dans le dispositif, 5 ans après. Où en est-il ? Il a trouvé un logement, et un emploi dans la vente de prêt-à-porter.

 

«  Si je pouvais parler au moi de 2018, je lui dirais : quoi qu’il y ait eu de bon ou de mauvais dans ton passé, c’est ce qui a fait de toi ce que tu es aujourd’hui. Ne cherche pas à changer ton passé, mais tiens bon, tu deviendras ce que je suis aujourd’hui.»

 

Elhadj, accueilli pendant 5 ans au SAE.

« Nous proposons d’instaurer un service de suite dans chaque département (sous l’égide d’un pilotage national afin de s’assurer d’un dispositif identique au sein des départements et donc d’une équité de traitement) visant à anticiper la sortie de l’aide sociale à l’enfance et à continuer l’accompagnement après 18 ans et jusqu’aux 25 ans au besoin. »

Extrait du plaidoyer Protection de l’enfance du Groupe SOS

Alors, quel est le secret de l’accompagnement du SAE ? « Ce qu’on cherche, c’est qu’ils aient les capacités de rebondir d’eux-mêmes une fois qu’on ne sera plus là. Le projet personnalisé ne peut pas être composé d’objectifs qu’on leur impose. Sinon, ils abandonneront dès qu’ils n’auront plus de cadre. » explique Hugo. Certain·e·s jeunes veulent trouver une formation, parfois travailler immédiatement, d’autres veulent voyager… « On prend le rythme du jeune. Ça ne sert à rien de forcer le passage vers une formation quand la seule inquiétude du jeune au début, c’est de se sentir en sécurité, de renouer avec sa famille, ou d’avoir des papiers ».

Derrière le projet, il y a la stabilité du quotidien. Se prendre en main, chaque jour un peu plus. Pour observer l’évolution, l’équipe a une stratégie éprouvée. Nous suivons Aurélie, éducatrice, en visite à l’appartement de deux jeunes filles. Aurélie va regarder l’état de l’appartement, discuter sur le rythme des courses, voire comment le planning des tâches ménagères est organisé. En analysant les tickets de caisse, Aurélie peut vérifier l’hygiène de vie selon la nature des achats, et si le rythme est chaotique ou stable, être force de conseil. Et en profiter aussi, toujours, pour tisser une relation de confiance. D’un coup d’œil, on sent qu’un lien sincère s’est développé entre Aurélie et Nour, la jeune qui nous accueille. Elle a emménagé il y a 1 an et demi, à l’âge de 17 ans. Ielles rient ensemble, parlent coiffure, formation… car avec ce toit et le suivi de l’équipe, ielles ont pu prendre le temps de rentrer en cursus… pour devenir éducateur·rice spécialisé·e ! Ielle commence d’ailleurs bientôt son premier stage, à Poissy, dans un autre établissement du Groupe SOS.

 

«  On leur dit toujours : la seule condition pour être ici, c’est que tu en aies envie. Si c’est le cas, on sera toujours là pour t’accompagner.»

 

Gérald, Directeur départemental Yvelines Groupe SOS Jeunesse

Le lien entre Aurélie et Nour n’est pas une exception. Même si les jeunes ont un·e éducatrice référente, toute l’équipe connaît la situation des 20 jeunes dans leur singularité. Les professionnel·le·s se retrouvent les jeudis pour passer en revue les nouvelles de chaque jeune. Pas uniquement les éducateurs et éducatrices : veilleurs de nuit, secrétaires, psychologues… Car chacun·e a conscience de jouer un rôle éducatif, et le prend avec sérieux et plaisir à la fois. Sylvie, secrétaire, est une personne ressource pour les jeunes, qui n’hésitent pas à venir parler avec elle. La porte de son bureau est toujours ouverte, pour que les jeunes puissent venir discuter avec elle. « Ils me confient des choses qu’ils ont du mal à dire à leurs éducateurs ». Comme pour les autres membres de l’équipe, les anecdotes marquantes sont légion. « Un jour, j’ai dû accompagner l’une des filles jusqu’à la maternité, juste avant son accouchement ! C’est ça, le SAE. Travailler ici, c’est beaucoup d’émotions ».





Aurélie, éducatrice spécialisée

Tout ce travail est un numéro d’équilibriste. « En fin de parcours, on doit pouvoir disparaître sans que cela ne pèse sur l’avenir du jeune ». explique Hugo. L’objectif : que les jeunes soient capables de prendre des initiatives, et de trouver les personnes ressources. « C’est sûr, ils vont faire des erreurs. Mais comme tout le monde ! Ce qu’on veut, c’est qu’ils sachent rebondir sans nous. Dès le début, on les prépare à nous dire au revoir ».

 

«  Il y a 5 ans, je n’aurais jamais pu avoir une conversation comme ça avec vous. Aujourd’hui, je fais cette interview pour moi, parce que je suis fier de n’avoir rien lâché. Et pour témoigner et montrer aux autres jeunes qu’on peut aussi s’en sortir et voir le bout du tunnel.»

 

Elhadj, accueilli pendant 5 ans au SAE.

Crédits Photos : ©Loum Dherot

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