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Addictions : l’art pour se reconstruire et créer du lien

11 septembre 2026 • ACTUALITÉS

L’hôpital de L’Arbresle, n’est pas comme les autres grâce à son pôle en addictologie. Ici, l’accompagnement peut durer plusieurs mois. Grâce à son hôpital de jour, les patient·e·s peuvent bénéficier de plusieurs mois de suivi et participer à des ateliers artistiques et collectifs. L’accompagnement peut se poursuivre au fil des années grâce à l’association l’ASSOlidaritéun espace convivial pour continuer à partager, échanger et créer du lien, notamment pour les anciens patients.

Le jeudi matin, à l’Hôpital de l’Arbresle, les générations se mélangent. Autour d’un même atelier, des résidents d’Ehpad se mêlent aux patients en soins de longue durée, aux personnes suivies en addictologie à l’hôpital de jour et à d’anciens patients venus continuer à participer aux activités. On y chante, on crée, on échange.

Pour Véronique Manillier, art-thérapeute et responsable culturelle et animation et Lydie Ranc, psychologue clinicienne, cette diversité est au cœur du projet.

« On travaille la partie « non malade » du patient. Tant que quelqu’un est en vie, il y a toujours une partie non malade qui peut être utilisée pour autre chose. »

À l’Hôpital de l’Arbresle, la culture est ainsi devenue un prolongement du soin.

Recréer du lien

Cette dynamique s’est particulièrement développée après la crise sanitaire. En 2021, l’établissement sort profondément marqué par les mois de Covid. « On s’était sentis isolés, et nos patients encore plus », raconte Véronique. 

Les ateliers intergénérationnels sont nés d’une volonté profonde de Véronique Manillier et de Lydie Ranc : faire vivre davantage de transversalité au sein de l’établissement et créer un espace de rencontre où les générations peuvent se côtoyer, échanger et apprendre les unes des autres. Tous les jeudis matin, différents publics de l’établissement se retrouvent autour de médiations variées. Le principe est simple : décloisonner. 

Les patients suivis en addictologie rencontrent des personnes âgées. Les anciens patients continuent à venir. Les familles peuvent participer. Les professionnels prennent part aux activités. L’établissement s’ouvre aussi à l’extérieur. Des demandeurs d’asile accompagnés par un CADA de la région sont invités à participer aux ateliers.  

Ces rencontres permettent à chacun de sortir de la place qui lui est habituellement attribuée : patient, résident, professionnel ou aidant. Le temps d’un atelier, tous deviennent simplement participants. 

L’art comme espace de reconstruction

L’Hôpital de l’Arbresle dispose d’une particularité : son pôle d’addictologie permet aux personnes accompagnées de poursuivre leur parcours grâce à l’hôpital de jour. Après leur prise en charge initiale, les patients peuvent ainsi bénéficier d’un suivi pendant plusieurs mois. Ils participent à différents ateliers, choisis avec les équipes en fonction de leurs besoins. Sophrologie, écriture, cuisine, équithérapie, activités créatives, musique ou encore chant : les propositions sont nombreuses.  

L’établissement travaille notamment avec des artistes professionnels dans le cadre de projets « culture et santé ». Chanteurs lyriques, musiciens, comédiens ou artistes plasticiens interviennent aux côtés des professionnels. 

Les ateliers intergénérationnels

La particularité du dispositif réside dans ce mélange des publics. Pendant les ateliers, anciens et nouveaux patients suivis en addictologie se retrouvent avec les résidents d’Ehpad et les personnes accueillies en soins de longue durée. Les histoires sont différentes, mais les rencontres créent des points communs. 

« Il y a des choses très importantes : la transmission du savoir pour nos personnes âgées, le transfert du vécu », explique Véronique.

Le groupe devient alors un espace où chacun peut apporter quelque chose. Cette reconstruction passe aussi par le regard des autres. Au fil des mois, les participants changent, prennent de nouvelles habitudes de vie et retrouvent progressivement une place dans le collectif. 

L’ASSOlidarité : accompagner dans la durée 

Que se passe-t-il lorsque le parcours de soin à l’hôpital prend fin ? 

À l’Arbresle, le lien peut continuer. Soutenues par l’établissement, Véronique et Lydie ont créé l’association « l’ASSOlidarité », qui permet notamment aux anciens patients suivis en addictologie d’adhérer à l’association et de continuer à participer aux ateliers. Ils ne reviennent alors plus comme patients, mais comme membres du groupe. 

Pour Christophe, ancien patient, cette continuité a joué un rôle important. Après plusieurs expériences qui n’avaient pas fonctionné, il a intégré l’hôpital de jour avec réticence. Puis il a progressivement trouvé sa place. Quatre ans plus tard, il continue de venir, notamment pour chanter. 

« Ça permet de se vider, de vider son stress, puis de créer quelque chose avec pas mal de personnes. » 

« On se reconstruit aussi en chantant. » ajoute François, également ancien patient de l’hôpital de jour et membre de la chorale. 

« L’hôpital c’est aussi une institution où on vit ! On ne fait pas qu’y souffrir ou y mourir. » 

Pour les personnes confrontées à une addiction, le retour à la vie quotidienne peut être une étape fragile. Après plusieurs mois d’accompagnement, il faut retrouver des habitudes, reconstruire des relations et une vie sociale qui s’était progressivement réduite.  

Les ateliers peuvent constituer un point d’appui dans cette période. Ils ne sont donc plus seulement un moment passé à l’hôpital. Ils participent à la reconstruction d’une vie. Pour Véronique et Lydie, cette dimension est essentielle. 

« Le soin ne se limite pas au geste technique. Il y a les gestes techniques, les soins, les perfusions… mais tout ce qui est lien social, bien-être psychologique, c’est important aussi. » 

La culture ne se substitue pas au soin médical ou psychologique, elle vient l’accompagner. Elle permet de travailler autrement, d’entretenir la relation aux autres et la capacité à se projeter. 

Une autre manière de prendre soin

Si les ateliers ont pris une telle place à l’Hôpital de l’Arbresle, c’est aussi parce qu’ils reposent sur un travail collectif. Autour de Véronique Manillier, mais aussi Lydie Ranc, psychologue clinicienne, et Magalie Grepinet, coordinatrice communication et administration, qui participent à faire vivre ces activités au quotidien.

Lydie Ranc, psychologue clinicienne, et Véronique Manillier, art-thérapeute et responsable culturelle, sont présentes à chaque atelier. Leur implication va bien au-delà de l’organisation : elles participent pleinement aux activités proposées, au même titre que l’ensemble des participants. Elles partagent les moments de création, d’échange et de découverte, dans une relation fondée sur la simplicité et la proximité.

Lydie, avec son regard de psychologue, d’accompagner les échanges avec bienveillance et de favoriser une atmosphère où chacun peut trouver sa place et s’exprimer librement. Ces temps collectifs peuvent alors devenir, naturellement, des espaces plus intimes, où la parole se libère et où les expériences peuvent être partagées sans jugement.

La présence de Véronique, avec son regard d’art-thérapeute et son expérience dans le domaine culturel, contribue également à créer un cadre propice à l’expression, à la créativité et à la rencontre.

Cette proximité est essentielle. En participant elles-mêmes aux ateliers, Lydie et Véronique ne se placent pas en retrait ou dans une position uniquement d’accompagnement : elles vivent l’expérience avec les participants. Une relation de confiance se construit ainsi progressivement, au fil des rencontres.

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