Arrivée en France en 2013, Neira a dû reconstruire sa vie après avoir quitté l’Arménie avec son mari et leur enfant à naître. Après douze années de démarches, elle obtient enfin sa régularisation en 2025. Dans son parcours, l’apprentissage du français et la découverte de la culture française ont joué un rôle essentiel. Elle témoigne aujourd’hui de l’importance d’un accès gratuit à la langue pour les personnes exilées.
« Je suis une personne qui adore la France. Quand les gens disent : Naira, chez toi vous faites comment ? Je dis chez moi c’est ici. »
« Bonjour, je m’appelle Neira, j’ai 38 ans, je suis arménienne, et je suis en France depuis 2013.
À la base, j’avais ma vie tranquille en Arménie, et je suis mariée avec un russe qui était juriste. Et après il a eu des problèmes avec les Russes et on a été obligés de quitter l’Arménie le plus vite possible. On a tout laissé.
J’étais enceinte, j’ai accouché après deux, trois mois. C’était très compliqué. Tu viens ici avec une valise, tu ne parles pas, tu n’as pas de travail… à 26 ans tu n’es rien. Pendant 12 ans, premièrement à l’OFPRA ça a été une réponse négative. Après j’ai fait une deuxième demande et là-bas aussi ils m’ont dit que je n’avais pas assez pour être réfugiée politique.
Après trois, quatre ans, j’ai déposé mon dossier pour avoir une régularisation, j’ai eu une OQTF. Troisième fois, encore une OQTF, quatrième fois encore une OQTF. J’ai déposé un autre dossier au tribunal avec mon avocat, parce que quand même…
En 2025, mon dossier a été accepté après 12 ans, et après, ça a commencé ! Je suis très contente parce que je vais signer mon CDI, mon mari aussi il a trouvé un travail. Il ne faut pas oublier l’Adejo, parce que tout ça c’est grâce à l’Adejo.
J’ai ma famille, ma vie… je n’oublie pas mes racines aussi parce que je suis fière d’être arménienne et même pour mes enfants, je dis tout le temps que c’est la richesse. Il ne faut pas oublier les racines, mais je dis que c’est une chance être ici, de faire les études ici.
Apprendre la langue française, ça coûte trop cher. On avait avant une école, « Luciole », c’était une école impeccable. Mais ce n’était pas que pour apprendre la langue, c’était vraiment de l’intégration. On a visité les églises, les musées, les bibliothèques, …
Et ce n’était pas que des cours de français, parce que si tu apprends qu’à lire et à écrire, c’est rien. Il faut connaître la culture, les livres, les écrivains, la musique aussi, c’est très important. Et vraiment, c’est cette école qui m’a aidée et c’était une école gratuite. Parce que pour l’intégration la première chose c’est qu’il faut parler, mais pour ça il faut les écoles parce que malheureusement on ne peut pas payer, mais les écoles pour les étrangers, ça c’est très important.
C’est comme une nourriture : tu remplis ton estomac et mais il faut remplir le cerveau aussi. »
Pour Neira, apprendre le français, c’est bien plus qu’acquérir une nouvelle langue : c’est pouvoir comprendre la société dans laquelle on vit, créer des liens et gagner en autonomie. Son parcours rappelle l’importance de proposer aux personnes exilées un accès gratuit à la langue et à la culture, une conviction qui guide aujourd’hui l’École Aurora.
Portée par Groupe SOS Solidarités, cette école gratuite de Français langue seconde (FLS) propose un accompagnement global, entre apprentissage linguistique, insertion sociale et accès à l’emploi, convaincue que la maîtrise de la langue est une condition primordiale pour vivre dignement, accéder à ses droits et trouver sa place dans la société.
École Aurora : le français, clé de l’intégration des personnes exilées
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