PLAIDOYER

Lutte contre le VIH/sida

En finir avec le VIH/sida à horizon 2030 est-il un objectif atteignable ? Les avancées scientifiques et les récents engagements financiers pour reconstituer le fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, sont très encourageants. Mais la riposte au VIH/sida ne se fera pas sans progrès social à la hauteur de cette ambition. Personnes LGBTIQ+, personnes migrantes et réfugiées, travailleur·se·s du sexe et personnes en situation de prostitution, … : plus que jamais, lutter contre les inégalités d’accès aux soins et aux droits des populations les plus exposées au risque de contamination s’avère indispensable. Et pour que ces politiques soient efficaces, elle doivent se construire avec les premières et premiers concerné·e·s, afin de répondre à leurs besoins et aux enjeux de santé qui les concernent.

Nos propositions

  1. Créer des centres de santé communautaires proposant une offre de santé globale à destination des personnes LGBTIQ+, tout en étant un lieu-ressource pour la formation des médecins de ville à la santé sexuelle pour tous et toutes. Nous partons de deux constats : d’une part les personnes LGBTIQ+ rencontrent des obstacles dans leur accès au soin dans le système de droit commun ; d’autre part, la population générale exprime le besoin d’intégrer davantage la santé sexuelle à leurs consultations en médecine générale. Un tel centre permettrait donc de concilier les besoins de la population LGBTIQ+ d’accéder à des soins et à une prévention qui leur soient adaptés, avec l’intérêt considérable en termes de santé publique résultant de l’intégration de la santé sexuelle à la médecine générale.
  2. Développer des programmes de prévention à destination des populations migrantes reposant sur les principes de la santé communautaire, adaptés et pragmatiques. Près de la moitié des personnes migrantes subsahariennes vivant avec le VIH en France l’ont contracté après leur migration, en raison de la précarité de leurs conditions de vie sur place. Développer ces programmes permettraient d’une part de proposer un accompagnement global correspondant à ce constat, tout en s’assurant qu’ils répondent effectivement aux besoins de ces populations grâce à une approche communautaire au plus près de leur réalité quotidienne.
  3. Réviser la loi prostitution de 2016 en construisant avec les premier·ère·s concerné·e·s les réponses aux enjeux de santé, de sécurité, d’insertion et d’accompagnement des personnes en situation de prostitution / travailleur·se·s du sexe et aux enjeux de mise à l’abri et protection des victimes du proxénétisme et de la traite des êtres humains. La loi de pénalisation des client·e·s de 2016, qui vise à protéger les personnes en situation de prostitution et les travailleur·euse·s du sexe, se révèle contreproductive dans son volet répressif qui a eu pour effet d’augmenter la précarité et l’exposition aux risques en santé (dont VIH) ; et peu efficace dans son volet social visant la sortie de la prostitution des personnes concernées. Ces failles sont celles d’une loi davantage élaborée à partir d’une vision idéologique que des besoins exprimés par les premier·ère·s concerné·e·s. Nous préconisons d’organiser sa révision en associant les personnes en situation de prostitution et les travailleur·euse·s du sexe au centre du débat public.